8 novembre 2013
Bonnets rouges et rouges bonnets
Une page doit se tourner. Le modèle de l'agro-business doit mourir. Il le doit pour que l'humanité puisse vivre. C'est pompeux, c'est trivial, mais c'est la plus stricte et brutale réalité.
Combien de temps encore poursuivrons-nous cette folie chimérique de l'élevage intensif à perte? De l'agriculture sous perfusion chimique pourvoyeuse de cancers professionnels ? Du grand marché agricole des files ininterrompues de cametards conduits par des esclaves? Ce cirque a-t-il une chance de s'arrêter avant que le champs ne soit ruines?
Si une telle perspective voyait le jour sous un bonnet rouge, alors commencerais-je peut-être à envisager dans le régionalisme breton quelques chose de révolutionnaire, à défaut de réactionnaire.
9 octobre 2013
Trait d'union
Un monde nouveau éclot sur les ruines d'un ancien qui disparaît. Table rase. Absorbé. Figé.
Le moderne se farde de la carapace indestructible du Progrès et ringardise tout ce qu'il touche, instantanément irradié.
Toute, petite, tentative de conserver une infirme survivance est immédiatement suspecte, passéiste, conservatrice, réactionnaire, faisandée, dépassée.
Le Progrès ne se donne qu'en miroir inversé, en négatif des anciens temps.
En ce sens, il a besoin de détruire, de déconstruire pour se légitimer, s'imposer seul, effacer toute trace pour rendre tout retour impossible.
Se pourrait-il qu'il ajoutât sa touche au mélange sur la palette, colorant paisiblement, insufflant sa teinte en douceur, sans heurts?
Il manquerait alors sa cible, dont le coeur consiste à façonner un homme nouveau...
10 septembre 2013
Espérance de vie
Bon ben sinon aujourd'hui c'est grève...mais discrètement hein, faudrait pas gêner...on est pas là pour bloquer...tiens! vous tapez "grève et retraites" dans Gogol® il vous parle des horaires de trains...
Ce qui fait office de syndicat fait à peine semblant, comme on relâcherait de la vapeur de cocote minute...Voyez où on en est rendu...
1946, pas un radis dans les caisses, espérance de vie à 62 ans...retraite à combien? hein? Cherchez l'erreur...Hé! Nous aussi on veut toucher les 20 milliards de z'€uros sans contreparties, Flamby! On veut des retraites potables et pas la guerre!
La preuve en image, à 67 ans on est encore vert! Allez au taf les feignasses!
23 août 2013
8 août 2013
Ruines modernes
Béton d'hier et acier refroidis / vitres transparentes contre armatures opaques / temples du fer et de la sueur / lumière halogène / musique aseptique / consommation païenne / collectifs de travail / individus atomisés / alchimie moderne / archéologie récente / fourmilière ouvrière hier / décorum froid aujourd'hui
25 juin 2013
31 mai 2013
Morts suspectes
Qu'embarquer sur l'arche? Pour où aller? On s'ébroue en ce moisi mois de mai 2013. Fluctuat nec merdatur!...On s'emmerde ferme à la vérité. Alors on s'invente des polarisations et escarmouches...
Courir dans tous les sens comme les fourmis qui envahissent ma cuisine, la nuit. Tantôt en colonnes, direction le pot de miel, puis paf! Balayette et terrasse, aller simple pour la flotte. Tantôt en panique, stratégie du choc pour les insectes de ma salle à faire la bouffe...Pas de raison qu'elles en réchappent! Ajustement et structurel en sus!
Tout prend l'eau! Mes chiottes fuient, des stalagmites croissent sous ma baignoire!...A partir de combien de gouttes à la minute dit-on qu'il y a une crise quelque part? Chais pas pas. Ma lumière rose à des reflets de bleu. Toujours la même histoire. Décroasser, voilà l'issue, batraciens en diable...hésiter entre un panard et une palme. Ha quoi bon, au fond, laissons faire l'évolution.
Marilyn, 7 ans de réflexion et hop! Au purgatoire des coiffeuses qui ont réussi...Et Jean, "JJ" la scribouille, il l'avait prédit, que ça finirait mal, en bouillie tout le bastringue. Moralité faut toujours écouter les barbus...
24 avril 2013
Note du trésor sur la fraude et l'évasion fiscale
"Année après année, l'enquête sur les rentrées de l'impôt sur le revenu révèle le combat toujours plus acharné des individus fortunés et des entreprises pour ne pas payer leur juste part des dépenses de leur gouvernement. Bien que le Juge Holmes ait dit que "les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée", trop de citoyens veulent la civilisation au rabais. Nous éliminons, un par un, les procédés de fraude et d'évasion fiscale, ainsi que les failles de la législation, mais chaque fois que nous en supprimons une, il semble que nous fassions augmenter le recours aux combines restantes. (...)
Votre gouvernement s'est distingué en exigeant un niveau plus élevé de moralité dans les relations commerciales. Nous avons besoin d'un niveau plus élevé de moralité dans les rapports du citoyen avec son gouvernement.
Pour illustrer ce que j'avance, je vais donner la liste de quelques-uns des procédés qui ont fait que les rentrées fiscales de 1937 ont été inférieures à ce qu'elles auraient dû être, avec les noms des contribuables qui les ont utilisés. (...)
En conclusion, je ferai deux observations, sur la base des éléments dont je dispose. Premièrement, les exemples que j'ai donnés nous ont été fournis par le contrôle rapide d'un nombre relativement faible de déclarations. La plupart des déclarations des grandes sociétés n'ont pas encore été enregistrées. La vérification générale pour 1936 ne fait que commencer. A mon grand regret, j'ai bien peur que les cas résumés ci-dessus soient représentatifs d'un grand nombre d'autres, qu'un contrôle attentif permettra de révéler. Deuxièmement, le salarié moyen et le petit commerçant n'ont pas recours à de tels procédés. La grande masse de nos 5 500 000 déclarations sont faites honnêtement. Le fait que les soi-disant leaders du monde des affaires fraudent le fisc ou y échappent est non seulement préjudiciable aux rentrées fiscales, mais il l'est aussi pour ceux qui se livrent à ces actes. Il ajoute à la charge fiscale des autres membres de la communauté, qui en portent déjà leur part bien qu'ils aient moins de moyens. La réussite de notre système fiscal dépend autant d'une bonne administration par le Trésor public que de déclarations complètement honnêtes par les contribuables. Et nous sommes en droit d'attendre des gens haut placés une moralité plus élevée que celle dévoilée par les déclarations de 1936.
Bien à vous
Henry Morgenthau Jr. 21 mai 1937"
Sources:
Sources:
18 mars 2013
Devoir insurrectionnel
"Article 35. − Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs."
Extrait de Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 24 juin 1793.
25 février 2013
Le cheval fou
Litanie et crie d'orfraie! La bouffe déraille! La malbouffe progresse...dans nos assiettes! Les trader investissent dans la bif...tubes et tuyauteries recrachent la mélasse...La junk food emprunte les mêmes circuits tordus que l'argent sale, de la came, de la corruption...et il nous reste?
Des auto-contrôles, des appels à la modération, à la responsabilisation, au sens du commun, à la mesure...à peine le souffle d'un pet...et les banquiers qui se marrent, ils se tiennent les côtes, d'avoir que trop réussit, c'est si simple, à imposer le statu quo à ceux là même, qui il y a 25 berges, ouvraient les vannes du pognon dingue. De bank split il n'y aura point, il faut savoir être raisonnable, disent les honnêtes gens, ceux de bien, qui en ont. Alors on fait des lois, publicitaires, funeste vernis sur planches pourries.
Le sentiment d'une anesthésie sous dosée m'étreint..."s'ils savaient les cons" aurait dit un Daladier, à travers la carlingue...s'en revenant de Munich, poser sa bombe à retardement. Mais les cons savent, ils attendent...
9 février 2013
Lignes claires
Soleil d'hiver / dardent sur la ligne d'horizon / plus vraiment une usine / pas encore un centre commercial / opération urbaine à coeur ouvert / tout se découpe sur fond bleu / les lignes claires sont suspendues
18 janvier 2013
2000 Treize
7 juin 2006. La bougeotte, comme un bête entre quatre murs. Saute dans sa caisse et roule. 200 km. A l'ouest. Sonne chez ami. Au hasard. Retrouvailles. Comme hier. Tâtonnement côtes à côtes. Surviens une vision. Vin et pizzas. Passage en revue. Convergences de vues. Salut. Errance. Pétroplus. Fumées. Retour. Fumer. Pensées. Inspirées.
"La meilleur des polices,
c'est quand les pauvres
savent rester à leur place,
sans besoin de les matraquer,
de leur coudre la machoire,
ou de les mettre au cachot.
La meilleur des polices,
c'est ce qu'on apprend de mieux
du berceau au tombeau.
tout ce que tu bectes
pour garder le gout
de moisir à crédit
dans un putain de trou"
La meilleur des polices, La Rumeur, Du coeur à l'outrage, 2007.
18 décembre 2012
Retour vers le futur
"Nous
avons vu que, par son essence économique, l'impérialisme est le capitalisme
monopoliste. Cela seul suffit à définir la place de l'impérialisme dans
l'histoire, car le monopole, qui naît sur le terrain et à partir de la libre
concurrence, marque la transition du régime capitaliste à un ordre économique
et social supérieur. Il faut noter plus spécialement quatre espèces principales
de monopoles ou manifestations essentielles du capitalisme monopoliste,
caractéristiques de l'époque que nous étudions.
Premièrement,
le monopole est né de la concentration de la production, parvenue à un très
haut degré de développement. Ce sont les groupements monopolistes de
capitalistes, les cartels, les syndicats patronaux, les trusts. Nous avons vu
le rôle immense qu'ils jouent dans la vie économique de nos jours. Au début du
XXe siècle, ils ont acquis une suprématie totale dans les pays avancés, et si
les premiers pas dans la voie de la cartellisation ont d'abord été franchis par
les pays ayant des tarifs protectionnistes très élevés (Allemagne, Amérique),
ceux-ci n'ont devancé que de peu l'Angleterre qui, avec son système de liberté du
commerce, a démontré le même fait fondamental, à savoir que les monopoles sont
engendrés par la concentration de la production.
Deuxièmement,
les monopoles ont entraîné une mainmise accrue sur les principales sources de
matières premières, surtout dans l'industrie fondamentale, et la plus
cartellisée, de la société capitaliste : celle de la houille et du fer. Le
monopole des principales sources de matières premières a énormément accru le
pouvoir du grand capital et aggravé la contradiction entre l'industrie
cartellisée et l'industrie non cartellisée.
Troisièmement,
le monopole est issu des banques. Autrefois modestes intermédiaires, elles
détiennent aujourd'hui le monopole du capital financier. Trois à cinq grosses
banques, dans n'importe lequel des pays capitalistes les plus avancés, ont
réalisé l'"union personnelle" du capital industriel et du capital
bancaire, et concentré entre leurs mains des milliards et des milliards
représentant la plus grande partie des capitaux et des revenus en argent de
tout le pays. Une oligarchie financière qui enveloppe d'un réseau serré de
rapports de dépendance toutes les institutions économiques et politiques sans
exception de la société bourgeoise d'aujourd'hui : telle est la manifestation
la plus éclatante de ce monopole.
Quatrièmement,
le monopole est issu de la politique coloniale. Aux nombreux
"anciens" mobiles de la politique coloniale le capital financier a
ajouté la lutte pour les sources de matières premières, pour l'exportation des
capitaux, pour les "zones d'influence", - c'est-à-dire pour les zones
de transactions avantageuses, de concessions, de profits de monopole, etc., -
et, enfin, pour le territoire économique en général. Quand, par exemple, les
colonies des puissances européennes ne représentaient que la dixième partie de
l'Afrique, comme c'était encore le cas en 1876, la politique coloniale pouvait
se développer d'une façon non monopoliste, les territoires étant occupés
suivant le principe, pourrait-on dire, de la "libre conquête". Mais
quand les 9/10 de l'Afrique furent accaparés (vers 1900) et que le monde entier
se trouva partagé, alors commença forcément l'ère de la possession monopoliste
des colonies et, partant, d'une lutte particulièrement acharnée pour le partage
et le repartage du globe."
Lénine, L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916.
6 décembre 2012
Requiem pour la vallée des anges
Voilà maintenant 4 ans, ici même, nous déplorions les effets de manches et les coups de mentons d'un empoudré à talonnettes, roulant dans la farine les camarades de Gandranges. On prend les mêmes et on recommence, à Florange?
Pas tout à fait, car cette fois-ci, c'est le grand retour des socialistes, redresseur productif en tête, les gros mots et tout....nationalisations! Tiens donc! Arrêtez, stop! La tête nous tourne, ivres que nous sommes, serait-ce le grand retour de l'Etat? Déconnez-pas!
La tour de contrôle a eu tôt fait de rappeler à la niche le caniche, parti un peu en roue libre...Ecumée toute cette tourbe, il en ressort la même eau trouble...relents de 1982 d'ailleurs...des promesses non tenues à celles intenables.
Mais survie industrielle possible ou pas, nationalisation ou expropriation, on s'y perd, preuve qu'on doit manquer de pratique, au fond toujours la même rengaine: A qui profite le crime? Goldman, toujours en coulisse, attend patiemment que le fruit mur lui tombe dans la gueule...Alors aux âmes sensibles, pardonnez moi, mais ces derniers temps j'ai une envie furieuse de citer Lénine.
24 novembre 2012
Régulation 2.0
"Il
nous faut montrer maintenant comment la "gestion" exercée par les
monopoles capitalistes devient inévitablement, sous le régime général de la
production marchande et de la propriété privée, la domination : d'une
oligarchie financière. Notons que les représentants de la science bourgeoise
allemande - et pas seulement allemande - comme Riesser, Schulze-Gaevernitz,
Liefmann, etc., sont tous des apologistes de l'impérialisme et du capital
financier. Loin de dévoiler le "mécanisme" de la formation de cette oligarchie,
ses procédés, l'ampleur de ses revenus "licites et illicites", ses
attaches avec les parlements, etc., etc., ils s'efforcent de les estomper, de
les enjoliver. Ces "questions maudites", ils les éludent par des
phrases grandiloquentes autant que vagues, par des appels au "sentiment de
responsabilité" des directeurs de banques, par l'éloge du "sentiment
du devoir" des fonctionnaires prussiens, par l'analyse doctorale des
futilités qu'on trouve dans les ridicules projets de loi de
"surveillance" et de "réglementation", par des fadaises
théoriques comme cette définition "scientifique" saugrenue du
professeur Liefmann : "Le commerce est une pratique industrielle visant à
réunir les biens, à les conserver et à les mettre à la disposition" (les
italiques sont dans l'ouvrage du professeur)... Il en résulte que le commerce a
existé chez l'homme primitif qui ne pratiquait pas encore l'échange et qu'il
doit subsister dans la société socialiste !"
Lénine, L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916.
19 octobre 2012
Inaliénable et sacrée...propriété!
« Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » Saluons. Mais l'histoire historique ne saurait se taire sur l'étrange application immédiatement réservée à ce principe, ou à ce dogme, par la Constituante elle-même. Je crains également que l'on n'appelle guère l'attention sur un détail, qui a son prix, dans ces nouvelles Tables de la loi. C'est à la fin, et cela concerne la Propriété. Surgit là un adjectif inédit dans cette acception : la propriété, dit le texte, est inviolable - mais oui, mais bien sûr, entendu ! - et sacrée. Une épithète jusqu'alors réservée aux choses de la religion. Les constituants (nous y reviendrons) sont, en grande majorité, des voltairiens ; autrement dit le contraire de ces niais qui ne savent pas distinguer le concret de l'abstrait. Et quoi de plus concret que l'argent ? C'est donc à l'argent, à la fortune acquise, à la Propriété qu'il convient d'attribuer une qualification suprême bien plutôt qu'aux rêveries et sottises de la superstition."
Henri Guillemin, 1989, Silence aux pauvres!
12 octobre 2012
Silence aux pauvres!
"Un groupe, déjà vigoureux à la Législative, s'est tout de suite reconstitué à la Convention, le groupe des Girondins (encore que trois seulement d'entre eux, mais les meneurs, Vergniaud, Guadet, Gensonné, soient des élus de la Gironde). Lamartine, dans son Histoire des Girondins où ne manquent, certes ni les légèretés, ni les bavures, n'en dira pas moins la vérité sur ce groupe : des gens, écrira-t-il en 1847, « parfaitement résolus à laisser subsister, dans les profondeurs sociales, les pires iniquités » ; ce qu'ils veulent, c'est l'aristocratie de la richesse, de telle sorte que la France, « à la place d'un seul tyran, en ait quelques milliers ». Et Jaurès, plus bref et encore meilleur : les Girondins ? « Une oligarchie de grands bourgeois beaux parleurs et arrogants. » Ils feront tout, en janvier 93, pour sauver la tête du roi, non par souci d'humanité, car il suffit de prêter l'oreille à leurs discours pour constater qu'ils y font grand usage des mots guillotine, échafaud, mais ils en réservent l'emploi à l'intention des anarchistes. L'existence du roi a, pour eux, une valeur mythique ; il demeure, même détrôné, le symbole de l'ordre établi, de la structure ancestrale, et qui doit demeurer immuable, de toute société civilisée. Les Girondins ne voteront la mort du roi que dans cette crainte des faubourgs qui ne cesse de les habiter."
Henri Guillemin, 1989, Silence aux pauvres!
27 septembre 2012
Tolérance zéro
"Seront considérés comme ayant provoqué aux actes de propagande anarchiste, tous les hommes publics, ministres, sénateurs ou députés qui auront trafiqués de leur mandat. Car, on voit trop souvent la politique et la finance, causer dans les coins et trinquer ensembles."
Proposition de loi du député Jean Jaurès à la chambre en 1894, en réponse aux "lois scélérates".
13 septembre 2012
L'affaire énorme de la Banque de France
"Le groupe de banquiers qui a voulu, préparé, obtenu le coup d'Etat (du 18 Brumaire) s'empresse de réaliser l'affaire, l'affaire "énorme" (comme l'écrit très bien Vandal) qui constituait, pour ces faiseurs d'or, le sens même et la raison d'être de l'opération. Le 6 février 1800 a lieu, dans le bureau du Premier Consul, une réunion des "principaux financiers" de la place, et c'est de cette entrevue historique que va sortir cette merveille baptisée "Banque de France". La banque de France! Respect. Tenons-nous bien. Nul n'a le droit de badiner à propos d'une telle, et aussi noble, institution nationale. C'est bien aussi pourquoi je me garderai bien de badiner, et mettrai toute mon attention à bien voir de quoi il retourne." (...)
"La banque en formation, Bonaparte a consenti - consenti n'est pas le mot juste, car Bonaparte était là pour ça; il remplissait le contrat qui lui avait valu son ascension; disons donc plutôt qu'il l'a autorisé - à s'intituler "Banque de France" ( ce qui faisait très "national") afin de donner le change à l'opinion et de faire croire aux français que cet établissement de finance était leur Banque à eux, la Banque au service de la France. Or il s'agissait d'une maison privée, pareille aux autres, mais dotée, par sa grâce, d'une enseigne frauduleuse; il s'agissait d'une association d'affairistes qui, sous la banderole dont l'ornait un gouvernement suscité en secret par eux-mêmes, allaient pouvoir se procurer ainsi des bénéfices sans précédent." (...)
Nous sommes pourtant en présence d'un comportement bien connu. L'Etatisme, disent les "honnêtes gens", quelle horreur! Il ferait beau voir que l'Etat prétendît se mêler de nos opérations! Et, en même temps, appel occulte à l'Etat pour obtenir de lui non seulement appui et couverture, mais son argent. Vieux principe capitaliste de la "nationalisation" des frais; les frais, c'est pour l'Etat, autrement dit: les autres. En revanche individualisation, stricte individualisation des bénéfices. Dans le souci primordial, dit Mollien (Trésorier de Bonaparte), qu'avait le Consul de "n'ôter aux banques aucune de leurs sources de profits", Bonaparte ira plus loin encore; il va conférer à la Banque dite de "France", "pure association d'intérêts privés", énergiquement et hargneusement privés, le droit exclusif d'émettre du papier-monnaie; c'est à dire, observe Mollien, le partage "d'une des prérogatives du gouvernement, celle de créer une monnaie", avec cette différence entre l'Etat et la banque que " la monnaie métallique frappée par l'Etat lui coûte tout de même le prix de l'argent et de l'or", tandis que le privilège inouï accordé par Bonaparte à la maison Perregaux et Cie est de "fabriquer une monnaie qui ne lui coûtait rien".
Henri Guillemin, 1969, Napoléon tel quel, Ed. de Trévise, pages 85, 86, 90, 91.
5 septembre 2012
Un pays bien organisé
"Le coup d'Etat du 18 Brumaire revêt sa signification précise et authentique lorsqu'on envisage ce qui s'est passé depuis 1789 et que l'évènement prend la place qui lui revient dans la suite des choses. Au cours du XVIIIe siècle, une classe nouvelle s'est constituée, au sommet de la roture; la classe des affairistes, grands commerçants, manufacturiers, banquiers; c'est la richesse mobilière. La richesse immobilière (aristocratie, clergé) tient tout, grâce au roi; c'est elle qui, pratiquement, gère l'Etat; et elle s'exempte d'impôts. (...)
Et la ruse de Sieyès sera de baptiser "la nation" cette frange suprême du Tiers-Etat. Succès complet, grâce à la menace de la banqueroute et grâce surtout, au reste du Tiers-Etat, les pauvres, les travailleurs (98% du fameux "Tiers"), mobilisés, dans la rue, contre la Bastille, par les grands notables pour leur assurer l'accès au gouvernement. Mais ces exécutants plébéiens devront retourner dans leurs tanières dès qu'ils auront accompli ce pour quoi on les a, un instant, autorisés à en sortir. On les désarme en un tournemain. On établit, pour leur surveillance, une milice bourgeoise travestie en "garde nationale"; on les exclu du droit de vote; ils seront (autre trouvailles de Sieyès) les "citoyens (sic) passifs"; leur rôle est de nourrir en silence, ceux qui vivent de leur travail et en extraient leur propre opulence. Les Constituants sont des voltairiens, et Voltaire a donné la formule du pays bien organisé: c'est celui, a-t-il énoncé, où "le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne". Les Constituants ont poussé la prudence jusqu'à interdire aux travailleurs, sous peine de prison, tout "coalition" pour la défense de leurs salaires. Car les Constituants ont, avant tout, le culte de "la liberté", et la liberté des employeurs serait contrainte si les prolétaires prétendaient s'unir."
Henri Guillemin, 1969, Napoléon tel quel, Ed. de Trévise, pages 68-69.
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