7 novembre 2016

Robbie, l'incorruptible


"Le 14 avril 1794, Robespierre va obtenir d'une convention grincheuse que l'on mette Jean-Jacques Rousseau au Panthéon. Il aurait bien voulu que l'on en fasse sortir Voltaire dont il pensait tout le mal qu’en pensait Marat, dans un admirable article du 6 avril 1791, paru dans l'Ami du Peuple. Le 7 floréal, an II, c'est-à-dire le 18 mai 94, Robespierre rédige un rapport qu'il faut lire de près. l'Histoire n'en parle pas assez; même dans le livre de Jean Massin qui est un excellent livre, ce qui est essentiel dans ce rapport n'est pas souligné. Robespierre, courageusement dit à ces gens de la Convention, qui sont presque tous des voltairiens, "je m'en vais vous expliquer ce que c'est, Voltaire, ce que c'est, l'esprit de l'Encyclopédie qu'avait essayé de maintenir parmi nous un homme comme Condorcet, le marquis de Condorcet, celui qui parlait des instruments méprisables de la Révolution." Il a soupesé Candide, le livre de Voltaire, il a vu ce que ça signifiait pour Voltaire, "cultiver son jardin": que les imbéciles se laissent écraser, mais que les adroits sachent se mettre du côté du marteau contre l'enclume. "Qu'est-ce que c'est que la philosophie de l'Encyclopédie, cette espèce de philosophie pratique qui réduisant l'égoïsme en système, considère la société comme une guerre de ruse, le succès comme la règle du juste et de l'injuste, le monde comme le patrimoine des fripons adroits?" Par conséquent ces gens-là n'ont rien à faire avec le véritable esprit révolutionnaire."

Henri Guillemin 1789-1792 1792-1794, les deux révolutions françaises, Paris Utovie.

2 novembre 2016

Bataillon de choc des riches


"La seconde chose que je voulais vous dire aussi, c'est ce que nous avons pris, je crois, une vue plus nette, plus exacte de ce que l'on appelle la Révolution française. Sous ces mots, Révolution française, il y a deux réalités successives et qui sont absolument opposées, deux réalités antithétiques. Il y a d'abord de 1789 au 10 août 1792, la prise de pouvoir par l'oligarchie financière. C'est ça, la première révolution, et en vérité ce n'est pas une révolution mais une réforme. La monarchie qui était absolue est maintenant une monarchie contrôlée. Contrôlée par qui? Par la bourgeoisie d'affaires. Et la date que les manuels ne soulignent jamais assez et on fait quelque fois exprès d'en parler à peine, c'est le 17 juillet 91: la bourgeoisie jette le masque et après s'être servie des pauvres comme levier pour abattre la monarchie absolue, elle leur tire dessus. Et ce sont des centaines de morts sur le Champ de Mars, grâce aux troupes de La Fayette, à cette Garde nationale constituée de notables qui tirent sur le peuple, en ce jour.
Seconde révolution, alors, pour de bon. A partir du 10 août 92. Cette fois, c'est le Quatrième État, ce sont les pauvres, les prolétaires, les ouvriers, les petits paysans qui sont dans le coup. C'en est fini de cette première partie où les bourgeois disaient: "l’État, c'est nous."Il s'agit maintenant de toute la France, je l'ai souvent répété. Mais quand on regarde les chiffres, on est surpris de voir combien les votants sont peu nombreux. Il faut se rendre compte de ce qu'était la France d'alors. Elles est composée, dans son immense majorité, de véritables bêtes de somme, depuis des centaines d'années, courbées sous le poids de ces possédants qui illustrent parfaitement l'idée de Voltaire selon lequel "le petit nombre doit être nourri par le plus grand nombre." Ces pauvres gens sont abrutis de misère; ils commencent à peine à ouvrir les yeux. Il ne faut donc pas s'étonner que ceux qui commencent à comprendre quelque chose à la politique, pour dire vite, se comptent par dizaine de milliers et pas par centaines de milliers. Néanmoins, à ce moment-là, c'est quelque chose d'important et de capital qui est en jeu. Alors, les possédants, ceux qui avaient fait la première partie de la Révolution, ceux qui avaient trouvé à leur service d'abord les Girondins - aile marchante du bataillon de choc des riches - puis des gens comme Danton, Cambon, Barère et Carnot, n'ont de cesse maintenant de voir se terminer cet intermède pour eux abominable, odieux, où il s'agit vraiment de la République."

Henri Guillemin, l789- 1792 1792-1794, Les deux révolutions françaises, Paris, Utovie.

5 octobre 2016

Elle est vilaine et voilà tout.


"Pauvre banlieue parisienne. Paillasson devant la ville où chacun s'essuie les pieds, crache un bon coup, passe, qui songe à elle? Personne. Abrutie d'usines, gavée d'épandage, dépecée, en loques, ce n'est plus qu'une terre sans âme, un camp de travail maudit, où le sourire est inutile, la peine perdue, terne la souffrance, Paris " le cœur de la France" quelle chanson! Quelle Publicité! La banlieue tout autour qui crève! Calvaire à plat permanent, de faim, de travail, et sous les bombes, qui s'en soucie? Personne bien sûr. Elle est vilaine et voilà tout."

Céline. Préface à "Bezons à travers les âges".

25 août 2016

L'art sur l'étain


Un petit morceau tombé du 20ème arrondissement, où ces blocs de deux étages aux façades de plâtre, teintent la ville des faux airs d'un village. Il s'agirait presque d'un trompe l’œil. Tout est calme...comme Pantruche au mois d'août, vidée de ses habitant, les artères se reposent. Puis la charge reprend, peu à peu, puis d'un coup. Le flot reprend, il semble plus hargneux, moins patient, comme s'il avait perdu sa lassitude résignée d'auparavant. L'impatience imprègne de ses hoquets et ses sursauts à la horde. Dans quelques jours tout sera rentré dans l'ordre, la digestion reprendra comme avant.

24 juin 2016

So Brexit...


Une petite vue de la campagne industrielle normande, seinomarine pour  la précision, la plus anglaise d'entre toute. 
Tiens à propos, la Grande Bretagne quitte l'Union Européenne. L'Union...hum. Ha parce qu'elle en faisait partie? Really? 
Trêve de balivernes, tout d'abord rien ne laisse supposer que la voix des urnes soit suivie par le pouvoir. Quand le peuple se plante on lui repose la question une nouvelle fois ou on ignore sa réponse. Nous en savons quelque chose, en France.
Pour le reste, une armée de pleurnichards vont nous faire le coup de la catastrophe et y aller à chaudes larmes sur le cadavre déjà froid de l'Union. Laissons ces types au bar du Titanic... 
S'il y a une chose dont on peut véritablement se réjouir, au-delà des mines déconfites des démocrates de salon qui ne savent pas comment expliquer au peuple qu'il a tort, c'est bien par le symbole de tout ceci. Oui il est possible de se barrer du machin. Et le plus vite sera le mieux, car réformer l'Europe est bien la dernière chimère à laquelle il faut s'accrocher.

8 juin 2016

Choisir le Roi



Nous voici rue de Paradis, dans le 10ème, à Pantruche et devant une ancienne faïencerie reconvertie en je ne sais quoi parfaitement inutile à mentionner ici.

Choisi le Roi! Choisir nos maîtres, voilà toutes les promesses tenues par la démocratie bourgeoise. Parce qu'au stade où nous en sommes rendus, il convient d'avoir à l'esprit que les actuels préparent scrupuleusement le terrain pour les suivants et ainsi de suite. Le reste n'est que bavardages inutiles et lassants. Il faudra s'en souvenir quand ils tenteront de nous refaire le coup de crier au loup et rester bien calme. Vous serez calmes?...

7 mai 2016

Au-delà de 6 km/h


 Seine Maritime (76) avril 2005.

"L'Américain moyen consacre plus de mille six cents heures par an à sa voiture. Il y est assis, qu'elle soit en marche ou à l'arrêt; il la gare ou cherche à le faire; il y travaille pour payer le premier versement comptant ou les traites mensuelles, l'essence, les péages, l'assurance, les impôts et les contraventions. De ses seize heure de veille chaque jour, il en donne quatre à sa voiture, qu'il l'utilise ou qu'il gagne les moyens de le faire. Ce chiffre ne comprend même pas le temps absorbé par des activités secondaires imposées par la circulation: le temps passé à l'hôpital, au tribunal ou au garage, le temps passé à étudier la publicité automobile ou à recueillir des conseils pour acheter la prochaine meilleure bagnole. Presque partout on constate que le coût total des accidents de la route et celui des universités sont du même ordre et qu'ils croissent avec le produit social. Mais, plus révélatrice encore, est l'exigence de temps qui s'y ajoute. S'il exerce une activité professionnelle, l'Américain moyen dépense mille six cent heures chaque année pour parcourir dix mille kilomètres; cela représente à peine 6 kilomètres à l'heure. Dans un pays dépourvu d'industrie de la circulation, les gens atteignent la même vitesse, mais il vont où ils veulent à pied, en y consacrant non plus 28%, mais seulement 3 à 8% du budget-temps social. Sur ce point, la différence entre les pays riches et les pays pauvres ne tient pas à ce que la majorité franchit plus de kilomètres en une heure de son existence, mais à ce que plus d'heures sont dévolues à consommer de fortes doses d'énergie conditionnées et inégalement réparties par l"industrie de la circulation."

Ivan Illich, Énergie et équité, Le Seuil, 1973.

24 avril 2016

Debout la nuit, couché le jour


La ville du Tréport (76), avril 2005. Un silo se fait abattre joyeusement la trogne à coup de boulets.

Les cahiers de doléances et les états généraux devaient bien faire marrer aussi en leurs temps. Jusqu'au moment où, plus du tout.

Bon, bien entendu tout cela fait un peu flower power et improvisation gentillette. D'un autre côté, au moindre coup de peinture sur un distributeur automatique et la meute canipède de garde se rue sur le renard, dénonçant les seules violences qu'ils veulent bien voir. Les autres, doivent soigneusement être tues. Ensuite, on s'amuse à envoyer le philosophe réactionnaire de service - l'autre devait être occupé sur un théâtre, disons d'opération - de quoi mesurer la profondeur de l'ornière dans laquelle Libération a chu.

Tout cela rendrait furieusement sympathique ces assemblées dérivantes et ses tentatives balbutiantes de retour à ce que fût la démocratie athénienne.

11 avril 2016

Gambetta annonce complet


Nous sommes dans la ville d'Ivry, sur la place du même nom (en 2005). Autour, un capharnaüm de petites maisons, d'ateliers d'artisans, témoins d'un passé industriel grignoté jour après jour. La masse de l'hôtel Gambetta, bien nommé, barre l'horizon, prêt au combat contre les prussiens. L'imbécile, va-t-en guerre, ne voyait pas qu'ils étaient, au portes de Paris, les meilleurs remparts contre les partageux de la commune.
Et aujourd'hui alors? Où sont nos prussiens d'hier, nos versaillais travestis en républicains et nos communards? S'il y a bien une des trois catégorie qui ressemble le plus aux spectres du passé, ce sont nos versaillais d'aujourd'hui. Ils sont pas beaux nos socialos, condamnant les violences des pots de peinture et des jets de patchouli de la place de la république. Laquelle au juste? Celle de Thiers à n'en pas douter, appeler république un tel régime quand le petit peuple se laisse abuser par des mots, c'est encore la meilleure assurance vie pour la rente. Ils déclinent la recette, s'appeler socialiste, quand on fait les poches des salariés pour reverser au capital, en voilà une autre de garantie sans risque. Alors qu'on ne s'étonne plus que le populo veuille prendre la place de la République, justement. Bien mignons encore.

26 mars 2016

Loi, travail, retrait des deux!


J'emprunte le titre aux lycéens et étudiants qui battent le pavé, vaillants et alertes, mais qui s'en prennent plein la trogne par les milices ripoublicaines. Voir encore cette semaine dans le 19ème dans les parages du lycée Bergson. 

Bon sinon c'est un cliché qui remonte au CPE (2006), et ça chauffait pas mal à l'époque du côté de (Sèvres) Babylone. Que dire au fond, de plus que ne le montre cette image? 

Peut être seulement une évidence pour qui ne pense pas le monde en catégories publicitaires, à savoir que ce gouvernement  est bien plus dangereux pour le droit du travail que n'importe quel autre étiqueté par le marketing politique sous les termes trompeurs "d'opposition". Il faut dire qu'ils ont un angle de tir idéal, un fond d'état d'urgence, une opposition syndicale neurasthénique, un insider de la finance pour faire monter les enchères en poste à Bercy etc. Terrain de jeu parfait pour nous faire remonter le temps social.

Pour le reste, et bien la triangulaire de cette photo nous donne les ingrédients, le peuple au premier plan, la finance (représentée par l'agence HSBC) en deuxième et en troisième plan l'Etat policier.

9 février 2016

Derrière les battants


Paris en est truffée, de ces petites ruelles privées...
Il faut savoir les débusquer.
Une porte dont le groom est devenu feignant et c'est le moment.
Alors d'un pas rapide, point trop à peine d'éveiller l'attention, retenir le battant.
Un havre verdoyant tranche net la rue et son boucan.
Là, se faire furtif, la bignole reconnait les pas de chaque résidant.
Saisir sur le vif et calter sans attendre.

7 février 2016

Le jardin de Riquet


"Le dimanche de Pâques, Bruno se levait et partait à pied avec son grand-père, passant d'un champ de patates à un carré de luzernes, suivant un chemin creux, poussant la porte d'une haie dense, qui ouvrait sur un nouveau petit pays. Le but du voyage était de rapporter dans la casquette  des œufs de merle ou de grive, pour préparer à la maison la grande omelette du jour de fête. Bruno: "Il y avait des nids partout, à la profusion. Chaque parcelle abritait sa compagnie de perdrix grises." Et, question oiseaux, je répète qu'il sait de quoi il parle. Ainsi disparut la Bretagne. Selon les estimations de Jean-Clause Lefeuvre, un universitaire de réputation mondiale, 280 000 kilomètres de haies et de talus boisés auraient été arasés dans cette région entre 1950 et 1985. 280 000 kilomètres! Soit 7 fois le tour de la Terre. Pour la seule Bretagne. (...)
En 2009, l'imagination bureaucratique au pouvoir décide de fusionner le corps des Igref avec celui des ponts et Chaussées, ce qui donnera une énorme boursouflure techno appelée corps des ingéneiurs des ponts, des eaux et des forêts (IPEF). 
Les ingénieurs des Ponts sont une caste voisine, née en 1716, entièrement vouée à la révolution industrielle. Les IPEF - un peu plus de 1500 en 2009, année de la fusion - ont démembré la France comme bien peu. On leur doit canaux et rivières "rectifiés", équipements touristiques et barrages, routes et autoroutes, ports et aéroports, châteaux d'eau et ronds-points, et même un peu de nucléaire sur les bords. Inutile de dire que l'alliance des Igref et des Ponts nous prépare de nouvelles surprises, dont les nanotechnologies ne sont que l'un des nombreux hors-d’œuvre."

Fabrice Nicolino, Lettre à paysan sur le vaste merdier qu'est devenue l'agriculture, Les Echappés, 2015.

13 janvier 2016

La succursale du planteur


L'affaire se passe rue des petits carreaux à Paris (2°). Une devanture classée, intouchable sans autorisation administrative, surplombe celles de magasins ordinaires, et rappelle une époque où l'on ne s'emmerdait pas de précautions. La conférence de Berlin (1884) n'est pas loin et le monopoly colonial a vu la France des droits de l'homme se tailler une belle part, trop peut être pour le voisinage qui aurait bien vu quelques miettes lui arriver. Mais c'est une autre histoire....
Ernest Renan nous refile une recette (Qu'est-ce qu'une nation? 1882): « l'oubli, et je dirai même l'erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d'une nation, et c'est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger ». Pas con, il suffirait de sortir l'effaceur et paf, tout le monde se retrouve derrière un drapeau sans trop se poser de questions. Enfin, si le truc fonctionne du tonnerre pour les supporters de foot, c'est moins évident une fois sorti du stade. Au reste, Renan se vautre ou nous ballade carrément en mettant sur le même plan l'oubli et l'erreur historique. 
L'erreur historique ça sent la manipulation, les coupes sombres dans les programmes, l'enfumage généralisé, le soma à l’œil pour tout le monde. De l'histoire façon 1984 quoi. Oublier c'est pas la même. Pour oublier il faut avoir su, et même remué un peu la merde, s'être aussi un peu foutu sur la gueule. Une fois les choses bien dites, le temps abrase tout le merdier, et il est alors temps d'oublier. Seulement, si les choses ne sont pas faites dans l'ordre, alors le diamant saute inlassablement dans le même sillon et le refrain bégaie. Or il est temps de changer le disque, car au fond, à bien y regarder, si le style a changé, la logique demeure la même.

9 janvier 2016

2016


Du côté d'Ivry Sur Seine, de mémoire, cet immeuble biscornu m'apparût, au détour d'une rue anonyme dont j'ai oublié le nom. Il me semble tout à fait adéquat pour vous résumer la salve de vœux que je vous adresse, visiteurs de Fricheries, soit un monticule de choses disparates dont ma foi vous ferez bien ce que vous voudrez et pourrez. Car oui, malgré son air de tas de légos oublié dans un coin, il tient debout et c'est déjà pas mal. Et il en faut des étais pour encaisser cette époque de pacotille ou l'insipide concurrence le grotesque. Fluctuat mes amis!

16 novembre 2015

Ambiances parisiennes


Une photo d'avant la folle embardée du 13, car samedi fallait les voir les gueules de bois. 
Samedi donc. 
Bravache, sortir fumer un clope en terrasse, une lampée de Calva dans le rade de garde qui n'avait pas baissé pavillon, où l'on retrouve des trognes connues. Vannes acides un peu jaunes, mais envie de retrouver le pavé, celui qu'on foule tous les jours et qu'on ne saurait laisser aux vents mauvais. L'esprit est là, mais presque en suspend. En attente de quelque chose...une réaction qui viendra, viendra pas? D'en haut? Que foutre! Ils nous y ont collé, ils ne nous en sortirons pas. L'inverse, voire!
Une chose est sûre on était mieux là à philosopher entre pochtrons qu'à écouter les conneries à la télé.
Dimanche. 
Tiens, tout est fermé. Pas de marché, pfuit! Dispersés. Les parcs? Grilles baissées. Ambiance ouateuse de bus 60 étrangement désert. Politesses appuyées un peu suspectes pour ces carapaces de parigots d'ordinaire bourrues. Comme s'il fallait faire ce petit rien d'humanité dont on se passe si souvent, pour réparer autre chose de brisé. Alors chacun y met du sien, avant que quelque chose ne viennent souffler la petite braise...
Et pourtant il faisait beau et doux, nous dit-on, pour un mois de novembre. Ça aussi c'est suspect. 
Dimanche, toujours.
Pris un tour de plus au compteur.  Puis s'aperçoit, alors que des bribes de nouvelles viennent à moi sans que j'aille les chercher, que c'est presque du bol, d'être arrivé jusque là. Les zombislamos avaient parqué leur tire à 50 mètre du rade où je tisais du vieux rock à houblon vendredi soir. Va savoir....Moi qui en plus ne sort plus guère, c’eût été con.

16 octobre 2015

Un arrangement avec le mensonge


"Cela étant, on ne peut pas comprendre le processus de banalisation du mal uniquement à partir de l'analyse des conduites de ceux qui donnent nolens volens, leur adhésion au système. Il faut aussi considérer l'impact de ceux qui n'adhèrent pas au système sur le processus lui-même. On peut distinguer ici deux catégories: ceux qui ignorent, authentiquement, la réalité à laquelle, pour une raison spécifique, ils n'ont pas accès. Ceux-ci consentent mais sans le savoir. Ce sont des innocents, leur responsabilité n'est pas engagée, mais, de fait, leur conduite est en définitive la même que celle qu'utilise intentionnellement la stratégie défensive de la normopathie en secteur, qui n'est nullement de l'ignorance mais un arrangement avec le mensonge. La deuxième catégorie est représentée par les opposants, les résistants au système. On sait comment, dans les systèmes totalitaires est traité le cas des opposants: exil, exécution, ou camp de concentration. Mais ce n'est assurément pas le cas dans la société néolibérale. L'utilisation de la terreur et de l'assassinat est évidemment ce qui distingue le totalitarisme du système néolibéral. Dans ce dernier, toutes sortes de moyens d'intimidation sont utilisés pour obtenir la peur, mais pas par la violence contre le corps. Il semble que les opposants soient, dans le cas du néolibéralisme, essentiellement confrontés à inefficacité de leur protestation et de leur action. Non pas tant parce qu'ils sont minoritaires, mais en raison de la cohérence qui soude le reste de la population à la banalisation du mal."

Christophe Dejours, Souffrance en France, la banalisation de l'injustice sociale, Points, page 183.

8 octobre 2015

Work hard play hard®


"L'erreur d'analyse des organisations politico-syndicales sur l'évolution des mentalités et des préoccupations émergentes vis-à-vis de la souffrance dans le travail a laissé le champs libre aux innovations managériales et économiques. Ceux qui spéculaient, qui accordaient des largesses fiscales sans précédent aux revenus financiers, qui favorisaient les revenus du patrimoine au détriment des revenus du travail, qui organisaient une redistribution inégalitaire des richesses (qui se sont considérablement accrues dans le pays en même temps qu'apparaissait une nouvelle pauvreté), ceux-là mêmes qui généraient le malheur social, la souffrance et l'injustice, étaient dans le même temps les seuls à se préoccuper de forger de nouvelles utopies sociales. Ces nouvelles utopies, inspirées par les Etats-Unis et le Japon, soutenaient que la promesse de bonheur n'était plus dans la culture, dans l'école, ou dans la politique, mais dans l'avenir des entreprises. Les "cultures d'entreprises" ont alors foisonné, avec de nouvelles méthodes de recrutement et de nouvelles formes de gestion, notamment de direction des "ressources humaines". En même temps que l'entreprise était la base du départ de la souffrance et de l'injustice (plans de licenciement, "plans sociaux"), elle devenait championne de la promesse du bonheur, d'identité et de réalisation pour ceux qui sauraient s'y adapter et apporter une contribution substantielle à son succès et à son "excellence". 

Christophe Dejours, Souffrance en France, la banalisation de l'injustice sociale, Points, page 51.

7 octobre 2015

DRH, option licenciement


"Aujourd'hui, on embauche des "bac+2" chargés de faire le sale boulot; notamment le sale boulot vis-à-vis des sous-traitants. On forme même, dans une université parisienne, de jeunes étudiants à un diplôme d'études supérieures, c'est à dire à un diplôme de praticien de niveau bac +5, dont le titre est : "DESS de DRH, option licenciement".
De sorte qu'une fraction de la population, notamment des jeunes, privés de transmission de la mémoire du passé par les anciens qui ont été écartés de l'entreprise, se trouve ainsi conduite à apporter son concours au "sale boulot", toujours au nom du réalisme économique, et de la conjoncture. Ils plaident tous, nolens volens, en faveur de la thèse de la causalité systémique et économique, à l'origine du malheur social actuel. Commettre l'injustice au quotidien contre les sous-traitants, menacer ceux qui travaillent de licenciement, assurer la gestion de la peur comme ingrédient de l'autorité, du pouvoir et de la fonction stratégique, apparaissent comme une banalité pour les jeunes embauchés qui ont été sélectionnés par l'entreprise. Le recrutement de jeunes diplômés, sélectionnés facilement sur des critères idéologiques qui ne se veulent pas tels parmi la masse des candidats en recherche d'emploi, l'absence de transmission de mémoire collective à cause du licenciement des anciens, et l'effacement des traces dont il a été question au chapitre consacré à la stratégie de la distorsion communicationnelle, forment un dispositif efficace pour éviter la discussion sur les pratiques managériales dans l’espace public."

Christophe Dejours, Souffrance en France, la banalisation de l'injustice sociale, Points, page 135.

8 août 2015

La tour du Maroc - Paris 19


Voici un cliché d'une disparue, la tour du Maroc, sise dans la rue du même nom, Paris 19ème. Peu à peu vidée de ses habitants, elle fût démolie et remplacée par...une autre. Je vous laisse découvrir le nouvel engin ici.


3 août 2015

La liberté est là, sur le bord de la route...


"Capitalistes, fascistes, marxistes, tous ces gens-là se ressemblent. Les uns nient la liberté, les autres font encore semblant d'y croire, mais, qu'ils y croient ou n'y croient pas, cela n'a malheureusement plus beaucoup d'importance, puisqu'ils ne savent plus s'en servir. Hélas! le monde risque de perdre la liberté, de la perdre irréparablement, faute d'avoir gardé l'habitude de s'en servir...Je voudrais avoir un moment le contrôle de tous les postes de radio de la planète pour dire aux hommes: "Attention! Prenez garde! La liberté est là, sur le bord de la route, mais vous passez devant elle sans tourner la tête; personne ne reconnaît l'instrument sacré, les grandes orgues, tour à tour furieuses ou tendres. On vous fait croire qu'elles sont hors d'usage. Ne croyez pas! Si vous frôliez seulement du bout des doigts le clavier magique, la voix sublime remplirait de nouveau la terre...Ah n'attendez pas trop longtemps, ne laissez pas trop longtemps la machine merveilleuse exposée au vent, à la pluie, à la risée des passants! Mais, surtout, ne la confiez pas aux mécaniciens, aux techniciens, aux accordeurs qui vous assurent qu'elle a besoin d'une mise au point, qu'il faut la démonter. Ils la démonteront jusqu'à la dernière pièce et ils ne la remonteront jamais!"

La France contre les robots, 1946, Georges Bernanos. 


17 juillet 2015

Le train en marche


"Oh! mon Dieu, les faits les plus simples nous échappent toujours, passent au travers de notre attention, comme au travers d'un crible; ils n'éveillent rien en nous. Si j'écris que, en un très petit nombre d'années, en une ridicule fraction de temps, le rythme de la vie s'est accéléré d'une manière prodigieuse, on me répondra que ce n'est là qu'un lieu commun, que le fait n'échappe à personne. Il n'en a pas moins échappé à ceux qui en furent les premiers témoins. La société où ils étaient entrés le jour de leur naissance a passé presque sans transition de la vitesse d'une paisible diligence à celle d'un rapide, et lorsqu'ils ont regardé par la portière, il était trop tard: on ne saute pas d'un train lancé à 120 kms sur une ligne droite".

La France contre les robots, 1946, Georges Bernanos.

20 juin 2015

Recette urbaine


 Parés pour le mixage?
D'abord travailler au fouet
Poursuite d'un mirage?
Afin que les caillots ne demeurent 
Au fond du brouet
Doser finement
Les ingrédients
Ne pas oublier le sachet
De levure sociale
Au final, l'unique expédient.



15 juin 2015

Au gré du goudron


A travers le trou du plancher
Défile l'asphalte de la vie.
Il n'est pas prévu ce poste d'observation
Et pourtant il m'épie.
Je pourrais presque le toucher
Au moyen d'une contusion
Le regarder filer
Le sourire en biais.
 


14 mai 2015

Holométaboles


La chrysalide en haillon
Achève sa mue mortifère
Rétive aux bataillons
Elle se découvre amère
Momie sans pharaon.







10 mai 2015

Limailles


Caresser l'écorce
A en faire tomber la limaille
Vieille tactique de canaille
Dont on achève de mesurer la force
Une fois l'armature à nu
Ne reste alors que lianes de fer
Pour seuls ligaments de vertu
A ruminer en enfer.


2 mai 2015

Recto-verso


 Recto-verso
les deux faces de la médaille
 deux farces sur la même faille
Se répondent dans le vide
Comme deux pantins morbides
La multitude attend
pianotante et divisée
qu'une direction lui soit donnée
Ignorante de ce que
 l'horloge naturelle
A déjà tout prévu pour elle.
 

11 avril 2015

Youpi! L'école est finie...



Au printemps de quoi rêvais-tu?
Des 60 000 oubliés par la seconde droite. Les créations de postes pour l'éducation nationale s'envolent, comme une nuée de migrateurs. Passés à la moulinette de l'austérité, le seul horizon qui vaille, du Parthénon à la tour Eiffel...
Les quartiers populaires de Paris trinquent en masse, on fait des moyennes, on gratte par-ci et on érode par-là. C'est la fête à l'école, mais il y aura pas de lots de tombola pour tout le monde...
Pendant ce temps le CAC se goinfre, le Gattaz passe ses commandes et réclame du rabe...formule à volonté chez Valls, ça régale.
Tandis que les no go zones où grandiront les Coulibaly de demain, devront faire mieux avec moins. Et puis si ce n'est pas possible, et bien tant pis. Il sera toujours temps, en cas de malheur, de sortir les mouchoirs, à coup d'unité nationale, la recette marche encore.
La voilà la cohérence des gestionnaires, toujours promptes à pleurnicher sur la montée des extrêmes, mais combinant sous cape, leurs calculs cyniques de second tour, en se disant que tout ceci fait bien leurs affaires...
Un de ces printemps...


24 février 2015

Esprit es-tu là?


La mascarade du 11 aura fait long feu. Démontée pièce à pièce l'unité des atomisés. Bilan: une quinzième loi anti-terro, en attendant la suivante, et déjà on annonce, un beau muselage de l'internet. Vous avez dit Quadrature? Mais il se murmure que le pouvoir consulte à tout va, tâte le pouls, cherche le bon angle d'attaque pour faire du cosmétique, un bon plan comm' genre ripolinage de tours ou de discours. On ose mêmes des sorties un peu "olé olé" à base d'apartheid. Typique de la double pensée orwellienne et grossier contre-feux qui n'a d'autre but que d'enfumer en laissant croire que la prise de conscience d'un problème serait déjà un pas vers sa solution. La solution bien sûr, étant la macronnade, sorte de fourre-z'y-tout néo thatchérien indigeste, peu calorique et au final gazeux. 
Bien plus intéressante est cette petite Grèce qui se débat comme elle peut au guichet des surendettés. Ha maintenant que la finance ne détient plus un fifrelin de créance, il n'y a plus qu'à les lourder, tandis que sans vergogne, la BCE rachète de la dette à tout va. Reste à savoir si les nouveaux venus vont pouvoir sauver ce qui rester à sauver...voire se sauver tout court. Rien n'est moins sûr. 


10 janvier 2015

Je ne marche pas.


Charlie n'est plus et cela fait lurette que je ne le lisais plus, à l'exception des papiers de Nicolino, rescapé du massacre. Et pourtant, mes souvenirs nostalgiques de môme ont défilé en parcourant les unes, celles de la grande époque surtout.

Les balles ont parlé face à la liberté d'expression, et cela, rien ne le justifiera jamais.

Mais je ne marche pas.

Je ne suivrai pas ceux qui ont laissé pourrir nos banlieues et abandonné nos concitoyens aux rapaces des âmes, aux parloirs et à pôle emploi.

Je ne me flanquerai pas avec ceux qui depuis des décennies alimentent l'amalgame et fourrent leurs index racoleurs dans l'oeil de l'identité nationale des "blancos".

Je ne me collerai pas aux va-t-en guerre poisseux en mal de stature, coalisés foireux des conflits qui attisent le volcan planétaire et dont les projections arrivent devant nos portes.

Ces résidents de la républiques, où le rose a des reflets de bleu, voire marine, ont patiemment et sciemment semé les grains du merdier dans lequel nous sommes aujourd'hui. Et quelques chose me dit que ce n'est que le début. 

Donc, décidément, non, je ne marche pas.

5 janvier 2015

2015


Paupières fourbes et cerveaux qui marchent à l'eau lourde. 
L'aiguille du compteur Geiger est restée,
 figée dans le front d'un botaniste en herbe.
Gobez, ceci est mon corps,
du Soma pour les consommateurs. 
Alors on se souhaite du mieux, comme on dirait pas pire.
Parce qu'au fond, nous savons que le philtre rosâtre devra être bu. 
Jusqu'hallali.