14 mars 2019

Gilets jaunes et cols blancs


"Là-dedans, la climatisation tempérait les humeurs. Bippers et téléphones éloignaient les comparses, réfrigéraient les liens. Des solidarités centenaires se dissolvaient dans le grand bain des forces concurrentielles. Partout, de nouveaux petits jobs ingrats, mal payés, de courbettes et d'acquiescement, se substituaient aux éreintements partagés d'autrefois. Les productions ne faisaient plus sens. On parlait de relationnel, de qualité de service, de stratégie de com, de satisfaction client. Tout était devenu petit, isolé, nébuleux, pédé dans l'âme. Patrick ne comprenait pas ce monde sans copains, ni cette discipline qui s'était étendue des gestes aux mots, des corps aux âmes. On n'attendait plus seulement de vous une disponibilité ponctuelle, une force de travail monnayable. Il fallait désormais y croire, répercuter partout un esprit, employer un vocabulaire estampillé, venu d'en haut, tournant à vide, et qui avait cet effet stupéfiant de rendre les résistances  illégales et vos intérêts indéfendables. Il fallait porter une casquette."

Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, Paris, Actes Sud, 2018, p. 212 et 213.

13 janvier 2019

Leurs enfants après eux...


"Un siècle durant, les hauts-fourneaux d'Heillange avaient drainé tout ce que la région comptait d'existences, happant d'un même mouvement les êtres, les heures, les matières premières. D'un côté, des wagonnets apportaient le combustible et le minerai par voie ferrée. De l'autre, des lingots de métal repartaient par le rail, avant d’emprunter le cours des fleuves et des rivières pour de lents cheminements à travers l'Europe. 
Le corps insatiable de l'usine avait duré tant qu'il avait pu, à la croisée des chemins, alimenté par des routes et des fatigues, nourri par tout un réseau de conduites qui, une fois déposées et vendues au poids, avaient laissé dans la ville de cruelles saignées. Ces trouées fantomatiques ravivaient les mémoires, comme les ballast mangés d'herbes, les réclames qui pâlissaient sur les mir, ces panneaux indicateurs grêlés de plombs.
Anthony la connaissait bien cette histoire. On la lui avait racontée toute l'enfance. Sous le gueulard, la terre se muait en fonte à 1800° C, dans un déchaînement de chaleur qui occasionnait des morts et des fiertés. Elle avait sifflé, gémi et brûlé, leur usine, pendant six générations, même la nuit. Une interruption aurait coûté les yeux de la tête, il valait encore mieux arracher les hommes à leurs lits et à  leurs femmes. Et pour finir, il ne restait que ça, des silhouettes rousses, un mur d'enceinte, une grille fermée par un petit cadenas. L'an dernier, on y avait organisé un vernissage. Un candidat aux législative avait proposé d'en faire un parc à thème. Des mômes la détruisaient à coups de lance-pierre."

Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, Paris, Actes Sud, 2018, p. 87.

23 décembre 2018

Pour une médaille, pour rien...


"Comme ce métier était plus dur qu'un métier de marchand, de bureaucrate...Il mettait en jeu la vie et la mort. Pourquoi les hommes meurent-ils donc? Antoine était assez fier de sa profession, de son habileté, de son honneur professionnel. Mais ces ouvriers qui mouraient? Il faut mourir au moins pour des fins qui en valent la peine, mais mourir parce que la voie n'était pas en bon état, parce qu'une éclisse avait sauté, mourir pour les actionnaires, pour ces hommes inconnus qui ne connaissent des lignes que des gares, des coupons, des wagons de première, des trains de luxe, pour des barons de Rothschild, pour de petits rentiers porteurs d'obligations, pour des combinaisons de négociants, de financiers? Il y avait une machine qui évaluait les vies à un certain tarif: et les actionnaires jugeaient que tout était bien et les obligataires trouvaient sans doute que c'était cher...
Quand on mourrait pas, on recevait, avant la retraite, une médaille de bronze, d'argent, une médaille frappée d'une locomotive, au bout d'un ruban tricolore, comme une médaille de sauvetage, on recevait une lettre: "En échange de vos bons et loyaux services..."
Mourir, vivre, pour une médaille, pour rien..."

Paul Nizan, Antoine Bloyé, Paris, Grasset, les cahiers rouges, page 142.

5 juin 2017

Révolution!


"C'est un mot piège.
C'est le nom que s'est donné la grande crise de la fin du dix-huitième siècle. Mais est-ce la crise que nous voulons ou bien ses résultats? La révolution a fait passer la France du gouvernement d'un roi débonnaire à la tyrannie d'un empereur guerrier."

L'art de trahir, Casamayor, Gallimard, Paris, 1972.


20 mai 2017

Il est l'or


"L'or? Pourquoi a-t-il tant de valeur, ou plutôt pourquoi lui en a-t-on tant donné? Car c'est un don que la croyance humaine a fait à ce métal moins utile que le fer, le bronze, l'aluminium ou le titane. C'est aussi un don que la croyance a fait à ce symbole, moins fécond que celui du travail, du progrès, de la connaissance, de l'amour. La rareté relative n'est pas la mesure du prix. C'est le pain qui est précieux à l'affamé, c'est l'eau qui est précieuse à celui qui meurt de soif, la ligature à celui qui perd son sang, la poignée de main à l'intouchable. Ils n'ont que faire de l'or."

L'art de trahir, Casamayor, Gallimard, Paris, 1972.

6 mai 2017

Le grand sur place


« Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi » susurrait Trancredi à son oncle, dans le Guépard. 

On imagine bien d'ailleurs la scène se tenir rue de Solférino,  entre le neveu politique, codicille du locataire du château, et ce dernier. Il fallait toutefois, pour que le plan soit complet, trouver un pantin, un leurre qui fasse office de papier attrape-mouche, destiné à entraver toute alternative véritable. Le gentil gendre idéal fût donc trouvé pour faire son petit numéro de caniche et vite disparaître à la niche. La recette sera complète, si, avec un peu de bol, on se retrouvait avec le repoussoir de service en finale. Bingo! Et bravo, car la carambouille est magistrale.

Quant à l'héritière parachutée, par-delà le concert de couineries des bien pensants, appelés avec régularité à ressortir leurs litanies, sitôt rangées dès qu'il s'agit de produire le carburant de son ascension,  il est évident qu'elle assume son statut de seul répulsif. Rien n'indique chez elle une quelconque sérieuse volonté de prendre les manettes,  houspiller le système pour mieux le conforter, voilà tout. Tout juste parvient-elle à mettre sous le tapis les gudars et assimilés, qui n'attendent eux, que le moment venu pour déclencher leur nuit des longs canifs...

Nous voici exactement rendus à ce point de "sur place". La sentence est pré-rédigée : 5  ans de sursis avec mise à l'épreuve.

8 avril 2017

Des magasins généraux à la réclame


Voilà. Les promoteurs et leur clique ont tout lifté sur les bords du canal de l'Ourcq. Enfin presque. Rassurons-nous. Mais pour ce qui est des magasins généraux de Pantin, ils ont été méchamment botoxés. D'ailleurs j'ai observé qu'on ne disait plus "magasins généraux" mais BETC, du nom de la boîte de pubeux qui a mis la main sur le paquebot. Le lifting s'étendrait donc jusqu'au nom du bazar. C'est le moment opportun pour sortir des archives les clichés des lieux que j'ai fait ces 10 dernières années. Allons-y, ça nous fera une petite série à nous mettre sous la dent.

7 mars 2017

Confiture douceâtre


"Ils se croyaient sages, ils se croyaient stables, ils se croyaient heureux. Ils étaient capables des plus fortes colères, des plus violents courages pour défendre contre tous les changements, toutes les forces la sagesse, la stabilité, le bonheur de leur petite vie exigeante. Ils pensaient avec une haine profonde aux révolutions, aux ouvriers qui les feront. C'étaient des hommes qui aimaient les gendarmes. Et Antoine vivait parmi eux, il était l'un d'eux; mois après mois, il s'enfonçait dans cette confiture douceâtre d'habitudes, il s'endormait, il ne pensait plus guère à ses échecs, à ses anciens rêves, à ses anciennes colères, peut-être se croyait-il comme ses voisins sages, stables et heureux."

Paul Nizan, Antoine Bloyé, Grasset, Paris.

21 février 2017

Notre Dame des Buttes


"- C'est vrai, c'qu'i dit, fit un homme sans remuer la tête dans sa gangue. Quand j'sui' été en permission, j'ai vu qu'j'avais oublié bien des choses de ma vie d'avant. Y a des lettres de moi que j'ai relues comme si c'était un livre que j'ouvrais. Et pourtant, malgré ça, j'ai oublié aussi ma souffrance de la guerre. On est des machines à oublier. Les hommes, c'est des choses qui pensent un peu, et qui, surtout, oublient. Voilà ce qu'on est. 
- Ni les autres, ni nous, alors! Tant de malheur est perdu!
Cette perspective vint s'ajouter à la déchéance de ces créatures comme la nouvelle d'un désastre plus grand, les abaisser encore sur leur grève de déluge.
- Ah! Si on se rappelait. S'écria l'un d'eux.
- Si on se rappelait, dit l'autre, y aurait plus d'guerre!
Un troisième ajouta magnifiquement:
- Oui, si on s'rappelait, la guerre serai moins inutile qu'elle ne l'est.
Mais tout d'un coup, un des survivants couchés se dressa à genoux, secoua ses bras boueux et d'où tombait la boue et, noir comme une grande chauve-souris engluée, il cria sourdement: 
- Il ne faut plus qu'il y ait de guerre après celle-ci!"

Henri Barbusse, Le feu, Flammarion, 1965.

3 février 2017

Rame sous tension


"Comment ne pas mentionner ce paradoxe qui a voulu que ce soit sous le gouvernement de la gauche qu'ont été revalorisée l'entreprise, le marché, le champ international, que ce soit durant cette même période que les salaires et le pouvoir d'achat ont baissé tandis que la bourse ne cessait de monter?" (Michel Rocard, Forum de l'Expansion, 3 octobre 1985) Le paradoxe ne consiste-t-il pas plutôt à donner un label de gauche à une œuvre qui, de l'aveu même des auteurs, n'a pour tout critère de comparaison que les échecs de la droite?"

La deuxième droite, JP Garnier et L Janover, Contre-feux Agone, Marseille, 2013. Première édition Robert Laffont, 1986.

2 février 2017

Choisy le plein


"L'Américain moyen consacre plus de mille six cents heures par an à sa voiture. Il y est assis, qu'elle soit en marche ou à l'arrêt; il la gare ou cherche à le faire; il travaille pour payer le premier versement comptant ou les traites mensuelles, l'essence, les péages, l'assurance, les impôts et les contraventions. De ses seize heures de veille chaque jour, il en donne quatre à sa voiture, qu'il l'utilise ou qu'il gagne les moyens de le faire. Ce chiffre ne comprend même pas le temps absorbé par des activités secondaires imposées par la circulation: le temps passé à l'hôpital, au tribunal ou au garage, le temps passé à étudier la publicité automobile ou à recueillir des conseils pour acheter la prochaine fois une meilleure bagnole. Presque partout on constate que le coût total des accidents de la route et celui des universités sont du même ordre et qu'ils croissent avec le produit social. Mais, plus révélatrice encore, est l'exigence de temps qui s'y ajoute. S'il exerce une activité professionnelle, l'Américain moyen dépense mille six cents heures chaque année pour parcourir dix mille kilomètres; cela représente à peine 6 kilomètres à l'heure. Dans un pays dépourvu d'industrie de la circulation, les gens atteignent la même vitesse, mais ils vont où ils veulent à pied, en y consacrant non plus 28 %, mais seulement 3 à 8 % du budget-temps social. Sur ce point, la différence entre les pays riches et les pays pauvres ne tient pas à ce que la majorité franchit plus de kilomètres en une heure de son existence, mais à ce que plus d'heures sont dévolues à consommer de fortes doses d'énergie conditionnées et inégalement réparties par l'industrie de la circulation" 

Ivan Illich, Énergie et équité, Paris, Seuil, 1973. 

24 janvier 2017

La pieuvre énergétique


"Une politique de basse consommation énergétique permet une grande variété de modes de vie de cultures. La technique moderne peut être économe en matière d'énergie, elle laisse la porte ouverte à différentes options politiques. Si, au contraire, une société se prononce pour une forte consommation d'énergie, alors elle sera obligatoirement dominée dans sa structure par la technocratie et, sous l'étiquette capitaliste ou socialiste, cela deviendra pareillement intolérable."

Ivan Illich, Énergie et équité, Paris, Seuil, 1973.

7 novembre 2016

Robbie, l'incorruptible


"Le 14 avril 1794, Robespierre va obtenir d'une convention grincheuse que l'on mette Jean-Jacques Rousseau au Panthéon. Il aurait bien voulu que l'on en fasse sortir Voltaire dont il pensait tout le mal qu’en pensait Marat, dans un admirable article du 6 avril 1791, paru dans l'Ami du Peuple. Le 7 floréal, an II, c'est-à-dire le 18 mai 94, Robespierre rédige un rapport qu'il faut lire de près. l'Histoire n'en parle pas assez; même dans le livre de Jean Massin qui est un excellent livre, ce qui est essentiel dans ce rapport n'est pas souligné. Robespierre, courageusement dit à ces gens de la Convention, qui sont presque tous des voltairiens, "je m'en vais vous expliquer ce que c'est, Voltaire, ce que c'est, l'esprit de l'Encyclopédie qu'avait essayé de maintenir parmi nous un homme comme Condorcet, le marquis de Condorcet, celui qui parlait des instruments méprisables de la Révolution." Il a soupesé Candide, le livre de Voltaire, il a vu ce que ça signifiait pour Voltaire, "cultiver son jardin": que les imbéciles se laissent écraser, mais que les adroits sachent se mettre du côté du marteau contre l'enclume. "Qu'est-ce que c'est que la philosophie de l'Encyclopédie, cette espèce de philosophie pratique qui réduisant l'égoïsme en système, considère la société comme une guerre de ruse, le succès comme la règle du juste et de l'injuste, le monde comme le patrimoine des fripons adroits?" Par conséquent ces gens-là n'ont rien à faire avec le véritable esprit révolutionnaire."

Henri Guillemin 1789-1792 1792-1794, les deux révolutions françaises, Paris Utovie.

2 novembre 2016

Bataillon de choc des riches


"La seconde chose que je voulais vous dire aussi, c'est ce que nous avons pris, je crois, une vue plus nette, plus exacte de ce que l'on appelle la Révolution française. Sous ces mots, Révolution française, il y a deux réalités successives et qui sont absolument opposées, deux réalités antithétiques. Il y a d'abord de 1789 au 10 août 1792, la prise de pouvoir par l'oligarchie financière. C'est ça, la première révolution, et en vérité ce n'est pas une révolution mais une réforme. La monarchie qui était absolue est maintenant une monarchie contrôlée. Contrôlée par qui? Par la bourgeoisie d'affaires. Et la date que les manuels ne soulignent jamais assez et on fait quelque fois exprès d'en parler à peine, c'est le 17 juillet 91: la bourgeoisie jette le masque et après s'être servie des pauvres comme levier pour abattre la monarchie absolue, elle leur tire dessus. Et ce sont des centaines de morts sur le Champ de Mars, grâce aux troupes de La Fayette, à cette Garde nationale constituée de notables qui tirent sur le peuple, en ce jour.
Seconde révolution, alors, pour de bon. A partir du 10 août 92. Cette fois, c'est le Quatrième État, ce sont les pauvres, les prolétaires, les ouvriers, les petits paysans qui sont dans le coup. C'en est fini de cette première partie où les bourgeois disaient: "l’État, c'est nous."Il s'agit maintenant de toute la France, je l'ai souvent répété. Mais quand on regarde les chiffres, on est surpris de voir combien les votants sont peu nombreux. Il faut se rendre compte de ce qu'était la France d'alors. Elles est composée, dans son immense majorité, de véritables bêtes de somme, depuis des centaines d'années, courbées sous le poids de ces possédants qui illustrent parfaitement l'idée de Voltaire selon lequel "le petit nombre doit être nourri par le plus grand nombre." Ces pauvres gens sont abrutis de misère; ils commencent à peine à ouvrir les yeux. Il ne faut donc pas s'étonner que ceux qui commencent à comprendre quelque chose à la politique, pour dire vite, se comptent par dizaine de milliers et pas par centaines de milliers. Néanmoins, à ce moment-là, c'est quelque chose d'important et de capital qui est en jeu. Alors, les possédants, ceux qui avaient fait la première partie de la Révolution, ceux qui avaient trouvé à leur service d'abord les Girondins - aile marchante du bataillon de choc des riches - puis des gens comme Danton, Cambon, Barère et Carnot, n'ont de cesse maintenant de voir se terminer cet intermède pour eux abominable, odieux, où il s'agit vraiment de la République."

Henri Guillemin, l789- 1792 1792-1794, Les deux révolutions françaises, Paris, Utovie.

5 octobre 2016

Elle est vilaine et voilà tout.


"Pauvre banlieue parisienne. Paillasson devant la ville où chacun s'essuie les pieds, crache un bon coup, passe, qui songe à elle? Personne. Abrutie d'usines, gavée d'épandage, dépecée, en loques, ce n'est plus qu'une terre sans âme, un camp de travail maudit, où le sourire est inutile, la peine perdue, terne la souffrance, Paris " le cœur de la France" quelle chanson! Quelle Publicité! La banlieue tout autour qui crève! Calvaire à plat permanent, de faim, de travail, et sous les bombes, qui s'en soucie? Personne bien sûr. Elle est vilaine et voilà tout."

Céline. Préface à "Bezons à travers les âges".

25 août 2016

L'art sur l'étain


Un petit morceau tombé du 20ème arrondissement, où ces blocs de deux étages aux façades de plâtre, teintent la ville des faux airs d'un village. Il s'agirait presque d'un trompe l’œil. Tout est calme...comme Pantruche au mois d'août, vidée de ses habitant, les artères se reposent. Puis la charge reprend, peu à peu, puis d'un coup. Le flot reprend, il semble plus hargneux, moins patient, comme s'il avait perdu sa lassitude résignée d'auparavant. L'impatience imprègne de ses hoquets et ses sursauts à la horde. Dans quelques jours tout sera rentré dans l'ordre, la digestion reprendra comme avant.

24 juin 2016

So Brexit...


Une petite vue de la campagne industrielle normande, seinomarine pour  la précision, la plus anglaise d'entre toute. 
Tiens à propos, la Grande Bretagne quitte l'Union Européenne. L'Union...hum. Ha parce qu'elle en faisait partie? Really? 
Trêve de balivernes, tout d'abord rien ne laisse supposer que la voix des urnes soit suivie par le pouvoir. Quand le peuple se plante on lui repose la question une nouvelle fois ou on ignore sa réponse. Nous en savons quelque chose, en France.
Pour le reste, une armée de pleurnichards vont nous faire le coup de la catastrophe et y aller à chaudes larmes sur le cadavre déjà froid de l'Union. Laissons ces types au bar du Titanic... 
S'il y a une chose dont on peut véritablement se réjouir, au-delà des mines déconfites des démocrates de salon qui ne savent pas comment expliquer au peuple qu'il a tort, c'est bien par le symbole de tout ceci. Oui il est possible de se barrer du machin. Et le plus vite sera le mieux, car réformer l'Europe est bien la dernière chimère à laquelle il faut s'accrocher.

8 juin 2016

Choisir le Roi



Nous voici rue de Paradis, dans le 10ème, à Pantruche et devant une ancienne faïencerie reconvertie en je ne sais quoi parfaitement inutile à mentionner ici.

Choisi le Roi! Choisir nos maîtres, voilà toutes les promesses tenues par la démocratie bourgeoise. Parce qu'au stade où nous en sommes rendus, il convient d'avoir à l'esprit que les actuels préparent scrupuleusement le terrain pour les suivants et ainsi de suite. Le reste n'est que bavardages inutiles et lassants. Il faudra s'en souvenir quand ils tenteront de nous refaire le coup de crier au loup et rester bien calme. Vous serez calmes?...

7 mai 2016

Technocratia


 Seine Maritime (76) avril 2005.

"Même si on découvrait une source d'énergie propre et abondante, la consommation massive d'énergie aurait toujours sur le corps social le même effet que l'intoxication par une drogue physiquement inoffensive, mais psychiquement asservissante. Un peuple peut choisir entre la méthadone et une désintoxication volontaire dans la solitude, entre le maintien de l'intoxication et une victoire douloureuse sur le manque, mais nulle société ne peut s'appuyer là-dessus pour que ses membres sachent en même temps agir de façon autonome et dépendre d'une consommation énergétique toujours en hausse. A mon avis, dès que le rapport entre force mécanique et énergie métabolique dépasse un seuil fixe déterminable, le règne de la technocratie s'instaure."

Ivan Illich, Énergie et équité, Le Seuil, 1973.

24 avril 2016

Debout la nuit, couché le jour


La ville du Tréport (76), avril 2005. Un silo se fait abattre joyeusement la trogne à coup de boulets.

Les cahiers de doléances et les états généraux devaient bien faire marrer aussi en leurs temps. Jusqu'au moment où, plus du tout.

Bon, bien entendu tout cela fait un peu flower power et improvisation gentillette. D'un autre côté, au moindre coup de peinture sur un distributeur automatique et la meute canipède de garde se rue sur le renard, dénonçant les seules violences qu'ils veulent bien voir. Les autres, doivent soigneusement être tues. Ensuite, on s'amuse à envoyer le philosophe réactionnaire de service - l'autre devait être occupé sur un théâtre, disons d'opération - de quoi mesurer la profondeur de l'ornière dans laquelle Libération a chu.

Tout cela rendrait furieusement sympathique ces assemblées dérivantes et ses tentatives balbutiantes de retour à ce que fût la démocratie athénienne.