12 décembre 2008

Fermez l'écoutille des mots


"Pour qui trouverait qu' "innovation" est la neutralité et l'innocence mêmes, il suffirait de suggérer l'expérience de pensée consistant à se revendiquer ouvertement contre "l'innovation financière", et notamment d'imaginer au bout de combien de temps surgirait l'imputation d'être "contre l'innovation " tout court, c'est à dire en définitive "contre le progrès".

Aussi décisif que le choix des armes, le choix des mots est de ceux dont on fait les avantages stratégiques les plus difficiles à réduire -parce que inaperçus des opposants, et les emprisonnant d'emblée dans des alternatives de sens où ils sont certains de n'avoir que la plus mauvaise place. Quand le problème de la financiarisation est mis dans les termes de "l'innovation", mot si chargé de valeurs positives et bien certain de pouvoir mobiliser à son profit tous les arrières-plans de l'idée de "progrès", il ne faut pas s'étonner que les contradicteurs se trouvent immédiatement renvoyés au registre du passéisme ou de l'archaïsme-c'est à dire que le combat soit perdu d'avance.

Pour avoir une idée de ce que peuvent être ces coups de force lexicaux, il est utile de savoir que pendant des années et aujourd'hui encore d'ailleurs, la littérature académique, censément la plus rigoureuse, n'a pas hésité à qualifier de "répression financière" tous les systèmes financiers qui n'avaient pas consenti à se rendre au modèle des marchés intégralement dérèglementés. Les défenseurs de l'objectivité de la science n'ont visiblement pas été gênés du choix d'un mot-répression-dont l'évidente neutralité laisse tout de même accroire que le moindre projet de restriction aux aises de la finance fait immédiatement tomber dans la catégorie des amis du goulag."

"Jusqu'à quand? Pour en finir avec les crises financières". Frédéric Lordon, 2008.

3 décembre 2008

Le tampon des immeubles


L'effet tampon des grands ensembles? Le gardien, la bignole, les concierges, les portiers, le pipelet, la jacasse..les miens sont pas ordinaires. Allez vous coltiner 5000 résidents et pas loin de 1000 crèches. Pas exactement le petit immeuble à papa, avec les bégonias bien propres à l'entrée, plutôt le genre massif, quasi indus...Et se frapper les nerveux, les qui exigent, les mauvais payeurs...coucheurs...les couches tard, les lève tôt...toute une faune. Et puis tout un fatras d'histoires les plus baroques...les macs, les putes, les flics, les macabs, les camés, ceux qui veulent s'envoler par la fenêtre...de quoi noircir des pages ou la gueule. En attendant, ils tiennent le choc, avant la quille, la montagne et l'air pur...Et des histoires à raconter autour d'une bibine.

2 décembre 2008

Congelez moi tout ça!



On pouvait être quelques uns à se tenir les cacahuètes après avoir visionné "Mâles en péril". La semence tourne drôlement à la sauce blanche...La faute au monde moderne qu'ils disent...aux cocktails de trucs dont on asperge la bouffe, nos couennes, nos trognes...le reste. Benzènes, Phtalates, endochoses...un cirque syllabique tout ce bazar là! A ce train là il va falloir confier le foutre aux banques...vu ce qu'elles font du flouze allez savoir ce qu'ils vont nous inventer avec du liquide...titrisez moi ça messieurs!
Et puis pour ponctuer l'alarme, une gentille causerie-débat. Le militant Veillerette traité de terroriste par l'Allègre de service, on n'oserait dire que la bafouille était stérile...Heureusement la sous ministre aux choses vertes nous a bien fait rire. Ça donnait en gros et dénovlanguisé: "Bon mes enfants on a pas le cul sorti des ronces avec toutes ces joyeusetés chimiques, alors faites comme moi, google-isez vos crèmes de jour et pi achetez Bio, hein!". Merci ma poule, mais on t'a pas attendu!

26 novembre 2008

Je veux descendre



L'autre jour sur le quai de la gare, après quelques discrets aux revoirs...on se disait, tiens...on va attendre le départ du TGV, histoire de voir combien vont courir comme des dératés pour le choper...Gnark. Peu de poissons dans les filets...mais alors que les portes sont sur le point de se refermer...un client. Pataud, flanqué de deux moutards le genre collé à leurs gadgets électroniques...le type, sourd aux avertissements du personnel, grimpe dans une voiture et laisse les mouflets sur le quai. Là, ça sentait la connerie... Les portes se referment quasi instantanément, le train décolle mollement et dans la foulée les deux morveux deviennent hystériques, le premier chiale et le grand fonce sur l'uniforme fuchsia...qu'il partait pas son darron qu'il beugle à la fille un peu éberluée. Elle marmonne dans son talkie....Quelques secondes plus tard le TGV stoppe...puis après de longues minutes le néandertalien est éjecté, mi hagard, mi réjoui. Bilan 15' de retard, et même pas un crétin à tenailles, dread locks et tee-shirt free Tibet à accuser de terrorisme.

24 novembre 2008

Solarium inutile



C'est un bouquin assez chiant, aigri, fort peu convaincant sauf pour qui serait déjà convaincu...donc assez inutile! Mais je ne résiste pas à en cracher un petit morceau:

"Et pourtant quel tour aurait pris l'histoire des deux siècles précédents si James Watt n'avait pas inventé la machine à vapeur fonctionnant au charbon mais une machine identique alimentée par un miroir solaire parabolique, comme celle que présenta en 1878-une centaine d'années plus tard-le français Augustin Mouchot à l'exposition universelle de Paris? Cet engin fit sensation, d'autant plus qu'on avait justement des problèmes d'approvisionnement en charbon à cette époque. Mais on inventa de nouvelles techniques d'extraction du minerai et la pénurie de charbon fut bientôt qu'un souvenir. Mouchot, lui, sombra dans l'oubli, tout comme son livre publié en 1869, La chaleur solaire et ses applications industrielles; son four à vapeur solaire se trouve aujourd'hui au musée des arts et métiers, à Paris."

L'autonomie Énergétique, Hermann Scheer, Actes Sud 2007.

22 novembre 2008

Autopsie de la décomposition


La télé-évangéliste et la dame de fer se tirent la bourre...Syndrome Floride: il y aura photo à l'arrivée, mais certainement pas d'aggiornamento, celui là il y a longtemps qu'il a été fait. On ne demande pas à une écurie de course d'élever des chevaux de traits, mais du pur sang pour galoper dans la course à la trombine, être agile sur terrains gras et cathodiques. Pendant qu'on recompte, sur quoi fallait-il miser?
La grande alliance sociale-démocrate? Ne prenez pas cet air dégoûté...à force de niveler on voit plus trop qui gauchise qui...
Iron lady qui garde la vieille maison? Les invités surprise qui s'y sont glissés font légèrement trembler les fondations, pas de quoi franchement refaire le coup des rigidités de la RTT...tout au plus sont-elles cadavériques.

11 novembre 2008

Aux manettes



Aux manettes toujours la même engeance, sans vergogne...tout cela passera, comme le reste...une news, un prime, une tête de ligne chasse l'autre...les mémoires en série ou isolées sont comme les circuits imprimés de ta bécane, ingurgitent et recrachent des 0 et des 1 à la suite...et ainsi...les mêmes thuriféraires de la finance d'hier seront les clones de demains régurgitant les mêmes recettes creuses de la petite berceuse...les espoirs d'aujourd'hui seront les rancœurs suivantes, on oubliera les poilus tout autant que les masses collatérales de la SUB_crise qui tombèrent pour des intérêts qui n'étaient pas les leurs. Comme de bons ruminants, nous regarderons passer les wagons, espérant peut être un jour, trouver une herbe plus verte.

5 novembre 2008

Rebonds du sort


Au fond il faut savoir rebondir...Sans doute ce que tentent de (se) prouver les amerloques en mettant du contraste à la maison blanche. Pour le principe c'est chouette. Pour le reste, il faudra nettoyer le bourbier laissé par le précédent locataire, qui était un fameux dégueulasse...l'a plus que bouffé la caution, et je parle pas des sous-locs' foireux qui n'apparaissent pas sur le bail. Autant dire que l'affaire est loin d'être jouée, et il va falloir mettre un sévère coup de fion avant le prochain état des lieux. Mais comme l'heure n'est pas aux sceptiques, contentons nous de lui (nous) souhaiter good luck.

2 novembre 2008

L'épiderme des cuves


L'écume du pachyderme échoué en plein champ tel un astéroïde après une entrée dans l'atmosphère...voire...une banque d'affaire après une crise de liquidités sur les marchés intermédiaires...un chapelet d'alpinistes au fond de la crevasse, les excès de confiance accordés au premier de cordée, pressé d'arriver au sommet avant la clique et qui lâche les poids morts...Qu'importe la vagabonde mentale, cette croûte naturelle-ment travaillée par l'érosion vaut bien d'autres qui s'accrochent dans les salons.

26 octobre 2008

Plantation de cuves


Elle ne roulera plus nulle part, cette vieille tôle...elle a dû en trimbaler du merdier (chimique ?) d'un bout à l'autre de la carte...On lui a viré les roues, et planté là...à côté d'un champ de patates, dont elle imite peu à peu la couleur, mais donnera jamais les mêmes fruits. Mais bon sang, à quoi peut bien servir de laisser attendre cette bombonne? La hausse des cours de l'acier? Stocker du sucre en attendant des jours meilleurs? Un machin qui servira à la Fiac l'année prochaine, et que quelques gogos pétés de golden choses iront casquer en se disant que ça au moins ne décotera pas? L'a foutront dans le jardin de la baraque secondaire, les gosses joueront dedans, dessus, s'inventeront des vaisseaux, des planètes même...

15 octobre 2008

Horizon à bogies


Le paysage donne parfois de drôles de lignes de fuites. Cet endroit insolite, découvert au hasard d'une hypnose grande vitesse, le regard vasouilleux à travers le triple vitrage d'une rame TGV...Allez loger le spot à 300 à l'heure...Coup de fion, un panneau d'aire d'autoroute me mettra sur la voie...plus tard je ferai donc une escale au paradis des wagons en friches. En voiture pour un petit tour.

12 octobre 2008

Les dessous du 104


Coup d'envoi du 104, vitrine culturelle enchâssée dans les travées popu du 19ème. L'idole du trip-hop est annoncée pour emballer le cadeau. Aussitôt des hordes internationales de dandy et de midinettes aux looks ciselés débaroulent...Mais le véritable évènement était quelques encablures plus loin.
Cohue pour l'idole, les portes sont fermées et les flots se rabattent sur les rades du quartier. Non loin de là au bar "Oued Rhiou", comme tous les samedis un groupe folklorique algérien, s'échauffe...La chanteuse, un rien ironique, remercie les touristes pour être venus nombreux...Rires ampoulés des uns et regards moqueurs des autres...on se cherche gentiment...on teste son embarras réciproque...on jauge sa gène...Et puis la darbouka et la flûte imposent un rythme lancinant...irrésistible...les hanches se décrispent...le reste se dissipe...la bibine coule à flot...Dans ces moments d'alchimie, on en oublierait que nous sommes en fransarkozie...

5 octobre 2008

Chambre d'expansion


Quand la machine tourne à plein régime...chut!!...Pas touche. Vous dérégleriez la belle mécanique. Alors que ça fume et toussote, que ça menace de vous pétez au museau, intervenez vite! Sans quoi vous risquez le maousse collapse! Z'avez pas le choix, alors c'est vous qui voyez.

2 octobre 2008

Quadrichrome


Petite touche de couleur trompe l'œil pour clore cette courte promenade à Trignac. Quelques lettres qui se changent en grues, à y regarder de loin, on lirait "Saint Nazaire"...Tout ça dépend vachement du point de vue d'où on louche.
Prochainement, ballade dans un cimetière de Wagons...hummm...

30 septembre 2008

Sub'prise d'otage


"Ils ont maintenant fière allure les héros de la finance. Modernes et arrogants quand les marchés étaient haussiers, les voilà, tel le juge de Brassens face au gorille, "criant maman, pleurant beaucoup", et se jetant dans le giron de la "mamma étatique" qu'ils vomissent quand la fortune leur fait lâcher toutes les vannes de la régurgitation idéologique. Certes, la banque centrale, priée de venir les tirer de la déconfiture en baissant ses taux pour restaurer la liquidité générale, n'est pas le pôle public, le "hors-marché", abhorré quand les profits coulent à flots, supplié quand il fait mauvais temps." (...)
"Mais il ne faut pas s'y tromper. Cette position du banquier central n'est tenable que si les défaillances sont localisées. Qu'elles "coagulent" et précipitent un "risque de système"-c'est à dire par effet de domino, d'effondrement général-, et il n'aura d'autres choix que d'intervenir massivement.
C'est bien là le plus insupportable des méfaits de la finance, toujours encouragée à aller trop loin, c'est à dire au-delà du seuil où les autorités ne peuvent plus se désintéresser de ses infortunes et doivent plonger pour lui sauver la mise-la parfaite prise d'otages."

Quand la finance prend le monde en otage, par Frédéric Lordon, in Le Monde Diplomatique, Septembre 2007.

24 septembre 2008

Subpigeonades


Dégotez un pigeon sans un, et tapez lui du flouze. Promettez au perdreau qu'il retrouvera sa mise avant de rembourser sa première traite. Recommencez avec quelques autres...Puis filez claquer le pactole au casino, jouez à tout un tas de jeux différents, brouillez les cartes, mélangez le tout, et quand vous êtes raides faites un chrome chez le croupier. S'il rechigne, dites lui qu'une armée de caves vous bouffe à la pogne. C'est bon vous pouvez continuer à jouer. Allez-y plein tube, c'est ce soir la chance...soudain à la table du chemin de fer, vous croisez un des mecs que vous avez carambouillé...il veut son oseille. Il est pas seul...Ils sont tous là! Le croupier a flairé le manège et appelle la direction du Casino. Vous êtes cuit! Alors vous beuglez à qui veut bien l'entendre que les jeux sont truqués! Vous lâchez tout! On vous écoute! Vous trissez au milieu de la pagaille. Le casino ferme pour quelques jours. Il réouvrira et les pigeons reviennent toujours où il y a à grailler.

20 septembre 2008

Fil d'Ariane


Suivre un fil...courir...rebondir
y croire...s'exalter...
Tomber...souffrir...se perdre
reprendre ses esprits...oublier...
Et retrouver un fil...le suivre...
et recommencer.

18 septembre 2008

Trignac...gnac...gnac...


Bon, pendant qu'on Edwige à tout va sur fond d'ouragans financiers sans doute dû aux changements climatiques, courte série à Trignac. Squelette fantomatique d'une aciérie massive dont les ossements en béton armé n'en finissent plus de moisir. Un enchevêtrement de poutres, des creux vertigineux, rappellent au visiteur que les plus impressionnantes structures sont aussi des lieux de vide...Paradoxalement ces labyrinthes terrains de jeux du vent, sont souvent les plus difficiles à détruire.

13 septembre 2008

Le spirituel en vitrine


"L'un des plus puissants instruments du nouveau pouvoir est la télévision. Jusqu'à présent, l'Église ne l'a pas compris; au contraire, elle a, c'est pénible à dire, cru que la télévision était un instrument de pouvoir à elle; et, en effet, c'est indubitable, la censure de la télévision a été une censure vaticane. Non seulement cela, mais encore la télévision faisait une réclame permanente pour l'Église. Mais justement elle faisait là un type de réclame complètement différent de celui de la réclame au moyen de laquelle, d'une part, elle lançait des produits et, d'autres part et surtout, elle élaborait le nouveau modèle humain du consommateur.
La réclame faite à l'Église était désuète, inefficace, purement verbale, et trop explicite, lourdement trop explicite; un vrai désastre à côté de la réclame non verbale et merveilleusement facile faite aux produits et à l'idéologie de la consommation, avec son hédonisme parfaitement irréligieux (...)
Et l'Église devrait continuer d'accepter une telle télévision, un tel instrument de la culture de masse appartenant à ce nouveau pouvoir qui "ne sait plus quoi faire de l'Église"? Ne faudrait-il pas, au contraire, l'attaquer violemment, avec une fureur paulienne, justement à cause de son authentique irréligiosité, que régit avec cynisme un cléricalisme sans contenu réel?
Naturellement, plutôt que tout cela, c'est un grand exploit télévisé qui s'annonce pour l'ouverture de l'Année sainte. Eh bien, qu'il soit clair pour les personnes à l'esprit religieux que ces manifestations ne seront que de grandes et insignifiantes manifestations folkloriques, désormais politiquement inutiles même à la droite la plus traditionnelle."

Le petit discours historique de Castelgandolfo, 22 septembre 1974, in Ecrits corsaires de Pier Paolo Pasolini

4 septembre 2008

Le miroir qui begaie


"Le cœur de la cible, ce sont les musulmans. On retrouve ici la même rhétorique que dans les paragraphes consacrés aux "clandestins". Le but est toujours de définir l'identité nationale en dénonçant son contraire, dans la logique classique du "eux" et "nous". Là aussi, il n'est pas abusif de qualifier ces propos de "xénophobes" au sens ou l'Islam n'est évoqué que par des traits négatifs confortant ainsi les stéréotypes martelés par les médias depuis un quart de siècle.
Il faut toutefois préciser qu'à la différence du Front national ,Nicolas Sarkozy ne désigne jamais nommément le groupe qu'il montre du doigt. Néanmoins, il utilise la même technique de communication que Jean Marie Le Pen. (...) celui-ci a inventé une rhétorique adaptée à l'âge de la démocratie télévisée, procédant par allusions, en laissant le soin aux commentateurs et aux électeurs de compléter le raisonnement."

Gérard Noiriel "A quoi sert l'identité nationale?" P96.

"Il ne faut jamais s'attaquer à ceux qu'on n'est pas sûr d'achever".

Maurice Barrès, extrait D'un leurs figures.