24 avril 2013

Note du trésor sur la fraude et l'évasion fiscale



"Année après année, l'enquête sur les rentrées de l'impôt sur le revenu révèle le combat toujours plus acharné des individus fortunés et des entreprises pour ne pas payer leur juste part des dépenses de leur gouvernement. Bien que le Juge Holmes ait dit que "les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée", trop de citoyens veulent la civilisation au rabais. Nous éliminons, un par un, les procédés de fraude et d'évasion fiscale, ainsi que les failles de la législation, mais chaque fois que nous en supprimons une, il semble que nous fassions augmenter le recours aux combines restantes. (...)

Votre gouvernement s'est distingué en exigeant un niveau plus élevé de moralité dans les relations commerciales. Nous avons besoin d'un niveau plus élevé de moralité dans les rapports du citoyen avec son gouvernement.
Pour illustrer ce que j'avance, je vais donner la liste de quelques-uns des procédés qui ont fait que les rentrées fiscales de 1937 ont été inférieures à ce qu'elles auraient dû être, avec les noms des contribuables qui les ont utilisés. (...)

En conclusion, je ferai deux observations, sur la base des éléments dont je dispose. Premièrement, les exemples que j'ai donnés nous ont été fournis par le contrôle rapide d'un nombre relativement faible de déclarations. La plupart des déclarations des grandes sociétés n'ont pas encore été enregistrées. La vérification générale pour 1936 ne fait que commencer. A mon grand regret, j'ai bien peur que les cas résumés ci-dessus soient représentatifs d'un grand nombre d'autres, qu'un contrôle attentif permettra de révéler. Deuxièmement, le salarié moyen et le petit commerçant n'ont pas recours à de tels procédés. La grande masse de nos 5 500 000 déclarations sont faites honnêtement. Le fait que les soi-disant leaders du monde des affaires fraudent le fisc ou y échappent est non seulement préjudiciable aux rentrées fiscales, mais il l'est aussi pour ceux qui se livrent à ces actes. Il ajoute à la charge fiscale des autres membres de la communauté, qui en portent déjà leur part bien qu'ils aient moins de moyens. La réussite de notre système fiscal dépend autant d'une bonne administration par le Trésor public que de déclarations complètement honnêtes par les contribuables. Et nous sommes en droit d'attendre des gens haut placés une moralité plus élevée que celle dévoilée par les déclarations de 1936.
Bien à vous
Henry Morgenthau Jr. 21 mai 1937"

Sources:



18 mars 2013

Devoir insurrectionnel



"Article 35. − Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs."




Extrait de Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 24 juin 1793.






25 février 2013

Le cheval fou


Litanie et crie d'orfraie! La bouffe déraille! La malbouffe progresse...dans nos assiettes! Les trader investissent dans la bif...tubes et tuyauteries recrachent la mélasse...La junk food emprunte les mêmes circuits tordus que l'argent sale, de la came, de la corruption...et il nous reste?
Des auto-contrôles, des appels à la modération, à la responsabilisation, au sens du commun, à la mesure...à peine le souffle d'un pet...et les banquiers qui se marrent, ils se tiennent les côtes, d'avoir que trop réussit, c'est si simple, à imposer le statu quo à ceux là même, qui il y a 25 berges, ouvraient les vannes du pognon dingue. De bank split il n'y aura point, il faut savoir être raisonnable, disent les honnêtes gens, ceux de bien, qui en ont. Alors on fait des lois, publicitaires, funeste vernis sur planches pourries.
Le sentiment d'une anesthésie sous dosée m'étreint..."s'ils savaient les cons" aurait dit un Daladier, à travers la carlingue...s'en revenant de Munich, poser sa bombe à retardement. Mais les cons savent, ils attendent...



9 février 2013

Lignes claires


Soleil d'hiver / dardent sur la ligne d'horizon / plus vraiment une usine / pas encore un centre commercial / opération urbaine à coeur ouvert / tout se découpe sur fond bleu / les lignes claires sont suspendues



18 janvier 2013

2000 Treize


7 juin 2006. La bougeotte, comme un bête entre quatre murs. Saute dans sa caisse et roule. 200 km. A l'ouest. Sonne chez ami. Au hasard. Retrouvailles. Comme hier. Tâtonnement côtes à côtes. Surviens une vision. Vin et pizzas. Passage en revue. Convergences de vues. Salut. Errance. Pétroplus. Fumées. Retour. Fumer. Pensées. Inspirées.

"La meilleur des polices,
c'est quand les pauvres
savent rester à leur place,
sans besoin de les matraquer,
de leur coudre la machoire,
ou de les mettre au cachot.

La meilleur des polices,
c'est ce qu'on apprend de mieux
du berceau au tombeau.

tout ce que tu bectes 
pour garder le gout
de moisir à crédit
dans un putain de trou"

La meilleur des polices, La Rumeur, Du coeur à l'outrage, 2007.

18 décembre 2012

Retour vers le futur



"Nous avons vu que, par son essence économique, l'impérialisme est le capitalisme monopoliste. Cela seul suffit à définir la place de l'impérialisme dans l'histoire, car le monopole, qui naît sur le terrain et à partir de la libre concurrence, marque la transition du régime capitaliste à un ordre économique et social supérieur. Il faut noter plus spécialement quatre espèces principales de monopoles ou manifestations essentielles du capitalisme monopoliste, caractéristiques de l'époque que nous étudions.

Premièrement, le monopole est né de la concentration de la production, parvenue à un très haut degré de développement. Ce sont les groupements monopolistes de capitalistes, les cartels, les syndicats patronaux, les trusts. Nous avons vu le rôle immense qu'ils jouent dans la vie économique de nos jours. Au début du XXe siècle, ils ont acquis une suprématie totale dans les pays avancés, et si les premiers pas dans la voie de la cartellisation ont d'abord été franchis par les pays ayant des tarifs protectionnistes très élevés (Allemagne, Amérique), ceux-ci n'ont devancé que de peu l'Angleterre qui, avec son système de liberté du commerce, a démontré le même fait fondamental, à savoir que les monopoles sont engendrés par la concentration de la production.

Deuxièmement, les monopoles ont entraîné une mainmise accrue sur les principales sources de matières premières, surtout dans l'industrie fondamentale, et la plus cartellisée, de la société capitaliste : celle de la houille et du fer. Le monopole des principales sources de matières premières a énormément accru le pouvoir du grand capital et aggravé la contradiction entre l'industrie cartellisée et l'industrie non cartellisée.

Troisièmement, le monopole est issu des banques. Autrefois modestes intermédiaires, elles détiennent aujourd'hui le monopole du capital financier. Trois à cinq grosses banques, dans n'importe lequel des pays capitalistes les plus avancés, ont réalisé l'"union personnelle" du capital industriel et du capital bancaire, et concentré entre leurs mains des milliards et des milliards représentant la plus grande partie des capitaux et des revenus en argent de tout le pays. Une oligarchie financière qui enveloppe d'un réseau serré de rapports de dépendance toutes les institutions économiques et politiques sans exception de la société bourgeoise d'aujourd'hui : telle est la manifestation la plus éclatante de ce monopole.

Quatrièmement, le monopole est issu de la politique coloniale. Aux nombreux "anciens" mobiles de la politique coloniale le capital financier a ajouté la lutte pour les sources de matières premières, pour l'exportation des capitaux, pour les "zones d'influence", - c'est-à-dire pour les zones de transactions avantageuses, de concessions, de profits de monopole, etc., - et, enfin, pour le territoire économique en général. Quand, par exemple, les colonies des puissances européennes ne représentaient que la dixième partie de l'Afrique, comme c'était encore le cas en 1876, la politique coloniale pouvait se développer d'une façon non monopoliste, les territoires étant occupés suivant le principe, pourrait-on dire, de la "libre conquête". Mais quand les 9/10 de l'Afrique furent accaparés (vers 1900) et que le monde entier se trouva partagé, alors commença forcément l'ère de la possession monopoliste des colonies et, partant, d'une lutte particulièrement acharnée pour le partage et le repartage du globe."

Lénine, L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916.


6 décembre 2012

Requiem pour la vallée des anges


Voilà maintenant 4 ans, ici même, nous déplorions les effets de manches et les coups de mentons d'un empoudré à talonnettes, roulant dans la farine les camarades de Gandranges. On prend les mêmes et on recommence, à Florange? 
Pas tout à fait, car cette fois-ci, c'est le grand retour des socialistes, redresseur productif en tête, les gros mots et tout....nationalisations! Tiens donc! Arrêtez, stop! La tête nous tourne, ivres que nous sommes, serait-ce le grand retour de l'Etat? Déconnez-pas!
La tour de contrôle a eu tôt fait de rappeler à la niche le caniche, parti un peu en roue libre...Ecumée toute cette tourbe, il en ressort la même eau trouble...relents de 1982 d'ailleurs...des promesses non tenues à celles intenables. 
Mais survie industrielle possible ou pas, nationalisation ou expropriation, on s'y perd, preuve qu'on doit manquer de pratique, au fond toujours la même rengaine: A qui profite le crime? Goldman, toujours en coulisse, attend patiemment que le fruit mur lui tombe dans la gueule...Alors aux âmes sensibles, pardonnez moi, mais ces derniers temps j'ai une envie furieuse de citer Lénine.

24 novembre 2012

Régulation 2.0



"Il nous faut montrer maintenant comment la "gestion" exercée par les monopoles capitalistes devient inévitablement, sous le régime général de la production marchande et de la propriété privée, la domination : d'une oligarchie financière. Notons que les représentants de la science bourgeoise allemande - et pas seulement allemande - comme Riesser, Schulze-Gaevernitz, Liefmann, etc., sont tous des apologistes de l'impérialisme et du capital financier. Loin de dévoiler le "mécanisme" de la formation de cette oligarchie, ses procédés, l'ampleur de ses revenus "licites et illicites", ses attaches avec les parlements, etc., etc., ils s'efforcent de les estomper, de les enjoliver. Ces "questions maudites", ils les éludent par des phrases grandiloquentes autant que vagues, par des appels au "sentiment de responsabilité" des directeurs de banques, par l'éloge du "sentiment du devoir" des fonctionnaires prussiens, par l'analyse doctorale des futilités qu'on trouve dans les ridicules projets de loi de "surveillance" et de "réglementation", par des fadaises théoriques comme cette définition "scientifique" saugrenue du professeur Liefmann : "Le commerce est une pratique industrielle visant à réunir les biens, à les conserver et à les mettre à la disposition" (les italiques sont dans l'ouvrage du professeur)... Il en résulte que le commerce a existé chez l'homme primitif qui ne pratiquait pas encore l'échange et qu'il doit subsister dans la société socialiste !"

Lénine, L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916.

19 octobre 2012

Inaliénable et sacrée...propriété!




« Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » Saluons. Mais l'histoire historique ne saurait se taire sur l'étrange application immédiatement réservée à ce principe, ou à ce dogme, par la Constituante elle-même. Je crains également que l'on n'appelle guère l'attention sur un détail, qui a son prix, dans ces nouvelles Tables de la loi. C'est à la fin, et cela concerne la Propriété. Surgit là un adjectif inédit dans cette acception : la propriété, dit le texte, est inviolable - mais oui, mais bien sûr, entendu ! - et sacrée. Une épithète jusqu'alors réservée aux choses de la religion. Les constituants (nous y reviendrons) sont, en grande majorité, des voltairiens ; autrement dit le contraire de ces niais qui ne savent pas distinguer le concret de l'abstrait. Et quoi de plus concret que l'argent ? C'est donc à l'argent, à la fortune acquise, à la Propriété qu'il convient d'attribuer une qualification suprême bien plutôt qu'aux rêveries et sottises de la superstition."

Henri Guillemin, 1989, Silence aux pauvres!

12 octobre 2012

Silence aux pauvres!



"Un groupe, déjà vigoureux à la Législative, s'est tout de suite reconstitué à la Convention, le groupe des Girondins (encore que trois seulement d'entre eux, mais les meneurs, Vergniaud, Guadet, Gensonné, soient des élus de la Gironde). Lamartine, dans son Histoire des Girondins où ne manquent, certes ni les légèretés, ni les bavures, n'en dira pas moins la vérité sur ce groupe : des gens, écrira-t-il en 1847, « parfaitement résolus à laisser subsister, dans les profondeurs sociales, les pires iniquités » ; ce qu'ils veulent, c'est l'aristocratie de la richesse, de telle sorte que la France, « à la place d'un seul tyran, en ait quelques milliers ». Et Jaurès, plus bref et encore meilleur : les Girondins ? « Une oligarchie de grands bourgeois beaux parleurs et arrogants. » Ils feront tout, en janvier 93, pour sauver la tête du roi, non par souci d'humanité, car il suffit de prêter l'oreille à leurs discours pour constater qu'ils y font grand usage des mots guillotine, échafaud, mais ils en réservent l'emploi à l'intention des anarchistes. L'existence du roi a, pour eux, une valeur mythique ; il demeure, même détrôné, le symbole de l'ordre établi, de la structure ancestrale, et qui doit demeurer immuable, de toute société civilisée. Les Girondins ne voteront la mort du roi que dans cette crainte des faubourgs qui ne cesse de les habiter." 

Henri Guillemin, 1989, Silence aux pauvres!

27 septembre 2012

Tolérance zéro



"Seront considérés comme ayant provoqué aux actes de propagande anarchiste, tous les hommes publics, ministres, sénateurs ou députés qui auront trafiqués de leur mandat. Car, on voit trop souvent la politique et la finance, causer dans les coins et trinquer ensembles."

Proposition de loi du député Jean Jaurès à la chambre en 1894, en réponse aux "lois scélérates".

13 septembre 2012

L'affaire énorme de la Banque de France



"Le groupe de banquiers qui a voulu, préparé, obtenu le coup d'Etat (du 18 Brumaire) s'empresse de réaliser l'affaire, l'affaire "énorme" (comme l'écrit très bien Vandal) qui constituait, pour ces faiseurs d'or, le sens même et la raison d'être de l'opération. Le 6 février 1800 a lieu, dans le bureau du Premier Consul, une réunion des "principaux financiers" de la place, et c'est de cette entrevue historique que va sortir cette merveille baptisée "Banque de France". La banque de France! Respect. Tenons-nous bien. Nul n'a le droit de badiner à propos d'une telle, et aussi noble, institution nationale. C'est bien aussi pourquoi je me garderai bien de badiner, et mettrai toute mon attention à bien voir de quoi il retourne." (...)

"La banque en formation, Bonaparte a consenti - consenti n'est pas le mot juste, car Bonaparte était là pour ça; il remplissait le contrat qui lui avait valu son ascension; disons donc plutôt qu'il l'a autorisé - à s'intituler "Banque de France" ( ce qui faisait très "national") afin de donner le change à l'opinion et de faire croire aux français que cet établissement de finance était leur Banque à eux, la Banque au service de la France. Or il s'agissait d'une maison privée, pareille aux autres, mais dotée, par sa grâce, d'une enseigne frauduleuse; il s'agissait d'une association d'affairistes qui, sous la banderole dont l'ornait un gouvernement suscité en secret par eux-mêmes, allaient pouvoir se procurer ainsi des bénéfices sans précédent." (...) 

Nous sommes pourtant en présence d'un comportement bien connu. L'Etatisme, disent les "honnêtes gens", quelle horreur! Il ferait beau voir que l'Etat prétendît se mêler  de nos opérations!   Et, en même temps, appel occulte à l'Etat pour obtenir de lui non seulement appui et couverture, mais son argent. Vieux principe capitaliste de la "nationalisation" des frais; les frais, c'est pour l'Etat, autrement dit: les autres. En revanche individualisation, stricte individualisation des bénéfices. Dans le souci primordial, dit Mollien (Trésorier de Bonaparte), qu'avait le Consul de "n'ôter aux banques aucune de leurs sources de profits",  Bonaparte ira plus loin encore; il va conférer à la Banque dite de "France", "pure association d'intérêts privés", énergiquement et hargneusement privés, le droit exclusif d'émettre du papier-monnaie; c'est à dire, observe Mollien, le partage "d'une des prérogatives du gouvernement, celle de créer une monnaie", avec cette différence entre l'Etat et la banque que " la monnaie métallique frappée par l'Etat lui coûte tout de même le prix de l'argent et de l'or", tandis que le privilège inouï accordé par Bonaparte à la maison Perregaux et Cie est de "fabriquer une monnaie qui ne lui coûtait rien"

Henri Guillemin, 1969, Napoléon tel quel, Ed. de Trévise, pages 85, 86, 90, 91. 



5 septembre 2012

Un pays bien organisé


"Le coup d'Etat du 18 Brumaire revêt sa signification précise et authentique lorsqu'on envisage ce qui s'est passé depuis 1789 et que l'évènement prend la place qui lui revient dans la suite des choses. Au cours du XVIIIe siècle, une classe nouvelle s'est constituée, au sommet de la roture; la classe des affairistes, grands commerçants, manufacturiers, banquiers; c'est la richesse mobilière. La richesse immobilière (aristocratie, clergé) tient tout, grâce au roi; c'est elle qui, pratiquement, gère l'Etat; et elle s'exempte d'impôts. (...) 
Et la ruse de Sieyès sera de baptiser "la nation" cette frange suprême du Tiers-Etat. Succès complet, grâce à la menace de la banqueroute et grâce surtout, au reste du Tiers-Etat, les pauvres, les travailleurs (98% du fameux "Tiers"), mobilisés, dans la rue, contre la Bastille, par les grands notables pour leur assurer l'accès au gouvernement. Mais ces exécutants plébéiens devront retourner dans leurs tanières dès qu'ils auront accompli ce pour quoi on les a, un instant, autorisés à en sortir. On les désarme en un tournemain. On établit, pour leur surveillance, une milice bourgeoise travestie en "garde nationale"; on les exclu du droit de vote; ils seront (autre trouvailles de Sieyès) les "citoyens (sic) passifs"; leur rôle est de nourrir en silence, ceux qui vivent de leur travail et en extraient leur propre opulence. Les Constituants sont des voltairiens, et Voltaire a donné la formule du pays bien organisé: c'est celui, a-t-il énoncé, où "le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne". Les Constituants ont poussé la prudence jusqu'à interdire aux travailleurs, sous peine de prison, tout "coalition" pour la défense de leurs salaires. Car les Constituants ont, avant tout, le culte de "la liberté", et la liberté des employeurs serait contrainte si les prolétaires prétendaient s'unir."

Henri Guillemin, 1969, Napoléon tel quel, Ed. de Trévise, pages 68-69.

25 août 2012

EuropAAA


"Cette Europe, il est horrible de penser qu'une imprudence, une fatuité, une provocation imbécile ou la convoitise d'un groupe bancaire, puisse déchaîner un conflit soudain. C'est d'une coterie infime, qu'il dépend en fait de déclencher l'impensable."

Jean Jaurès, L'humanité, 1910.


Le jour viendra....



"Nous sommes là en présence d'une politique qui s'est dissimulée sous le masque de la technique militaire en lui empruntant des arguments de circonstance et cette politique est celle que nous suggérait l'Allemagne. On pensait jusqu'ici que le maréchal Pétain en appuyant l'ouvrage du général Chauvineau s'était borné à soutenir des sottises et qu'il se rendait complice d'une simple erreur militaire. Nous ne songeons pas à contester ici la médiocrité du Maréchal mais il importe de se rendre compte qu'elle ne l'a pas empêché de se mettre au service d'une manoeuvre politique destinée à aider l'ennemi et de se rendre ainsi coupable d'une véritable trahison.
Le jour viendra en effet et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l'Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l'Europe en détruisant nos alliances et nos amitiés. Les responsabilités des militaires français ne peuvent se séparer sur ce point de celles des politiciens comme Laval, des journalistes comme Brinon, des hommes d'affaires comme ceux du Creusot, des hommes de main comme les agitateurs du 6 février, mais si elles ne sont pas les seules elles n'en apparaissent que comme plus dangereuses et plus coupables pour s'être laissé entraîner dans ce vaste ensemble. Dans l'instruction du procès de la vaste entreprise de trahison, le livre du général Chauvineau constitue dès aujourd'hui un document de tout premier ordre."

A propos d'un livre trop peu connu, texte de Marc Bloch, publié le 6 avril 1944 dans la revue Les Cahiers politiques, annexé à L'étrange défaite.


1 août 2012

La guerre qui vient


"En dépit des apparences démocratiques, en France, le peuple ne contrôle pas ses gouvernements. Un groupe étroit s'est emparé des conseils d'administration des grandes sociétés financières. Ces quelques hommes tiennent entre leurs mains, les banques, les mines, les chemins de fer, les compagnies de navigation, bref tout l'outillage économique de la France. Sans oublier, la sidérurgie et les fabriques d'armes, d'où sortent de croissants profits. Ils dominent le parlement et ont à leur solde la grande presse. La guerre ne leur fait pas peur et ils la considéreraient même avec intérêts. Nos banques ont gardé le souvenir des bénéfices énormes réalisés par elles en 1871."
Francis Delaisi, économistes français, dans La guerre qui vient, 1911.

Cité par H. Guillemin, le 20 mai 1972 dans sa conférence intitulée "La guerre se prépare".



27 juillet 2012

Poste restante



"Cher tonton,

Nous passons d'excellents congés et il fait très beau, ici, à Belval-plage. 
Nous plongeons depuis les cheminées dans les bassins de refroidissement. La rouille laisse sur notre peau un liseré roux et luisant.
Demain nous irons à la pêche aux métaux rares afin de les vendre sur le marché, les voisins de camping disent qu'on en tire un bon prix.
Maman m'avertit qu'ils n'auraient pas fait leurs rappels tétaniques.
Au coucher du soleil les cheminées forment des lignes brisées, on dirait des courbes de taux.
J'espère que vous avez beau temps et le moral aussi un peu, à Gandrange.

Affectueusement,

Ton neveu,

Kevin Mittal"




10 juillet 2012

Janus & Fibrociment


L'excellent "Planète sans visa" signale un papier de la Stampa. Petite traduction maison, ici même.


"Schmidheiny, condamné à 16, ans de prison pour avoir fait des milliers de victimes, sera présent à Rio.

ALBERTO GAINO

"Nous nous tournons vers les Nations Unies, vers les autorités internationales, les chefs d'Etats et de gouvernements, vers le président du Brésil Dilma Rousseff, afin qu'ils déclarent Schmidheiny persona non grata à la conférence de Rio+20, organisée par l'ONU sur le développement durable qui se déroulera à Rio du 20 au 22 juin".

Cet appel de l'Abrea, l'association brésilienne des victimes de l'amiante (victimes aussi de l'Eternit locale, contrôlée jusqu'en 1998 par Schmidheiny) circule sur le net. En Italie la pétition a été signée par l'association des familles des victimes de Casale Monferrato et par de nombreuses autres, des syndicats, des scientifiques notamment par l'épidémiologiste Benedetto Terracini. Ils s'étonnent de devoir rappeler aux Nations Unies rien moins que  "Schmidheiny fut condamné pour avoir causé une catastrophe écologique et que pour cela il devrait lui être interdit la participation à une réunion aussi importante que celle qui préparera et discutera de la protection du futur de la planète.

La singularité de la situation correspond à celle de la figure d'un soixantenaire, Stephan Schmidheiny, parfait dans le rôle d'un Janus des temps modernes. C'est ainsi qu'il est décrit par les auteurs de l'appel au secrétaire de l'ONU Ban Ki-Moon: "Schmidheiny est un des fondateurs du conseil mondial pour le développement durable. C'est aussi un bienfaiteur, le philanthrope qui a créé la Fondation Avina pour soutenir les projets environnementaux et sociaux en Amérique Latine."

Mais il est aussi l'ancien propriétaire d'Eternit, la multinationale productrice de fibro-ciment, qui, 13 février dernier, a été condamné par le tribunal de Turin (Italie) à 16 ans de prisons pour avoir provoqué- indiquent les membres de l'Abea pour bien souligner l'information apparue de manière floue sur wikipédia et internet - un désastre environnemental douloureux et permanent par omission aux règles de sécurité. Si des mesures avaient été prises, elles auraient permis de protéger la vie des travailleurs et de la population locale des risques de mort découlant de l'exposition à l'amiante. Ce minéral cancérigène, selon l'organisation mondiale de la santé, est responsable de pas moins de 107 000 morts par an. 

Apparemment, ce personnage, que la revue américaine Forbes a définit comme le Bill Gates Suisse, a vécu une double vie. A 25 ans, il hérite d'une des deux poules aux oeufs d'or qui a immensément enrichit sa famille: l'Eternit. A son frère, Thomas, en revanche, reviendra le mastodonte du ciment, Holcim. Stephan fera dire aux hagiographes et aux avocats, qu'il aurait cherché à développer la petite production manufacturière d'Eternit grâce à d'importants investissements et à l'apport de nouvelles technologies, tout en minimisant les risques. Mais en 1972, quand le contrôle de l'actionnariat de la sociétés passe de mains belges aux siennes, il ne met absolument pas au rencard la "crocidolite" (l'amiante bleue, la plus dangereuse) qui dans les entreprises italiennes de Casale Monferrato et Bagnoli, continuera à être utilisée jusqu'à la fermeture des sites, 15 ans plus tard. En 1992, c'est l'année du retournement: en Italie on met finalement un terme à l'usage de l'amiante, et à Rio, pour le premier sommet de la terre consacré à l'environnement, Stephan Schmidheiny se présente comme le héros du développement durable.

Il rassemble alors des dizaines de grands industriels sur ses convictions et il est reconnu comme le producteur des montres Swatch et un des principaux associés du géant bancaire UBS. L'Eternit est un monde à part, "évaporé" ou presque, investi dans les projets de reforestation, de soutient aux cultures vivrières, à la philanthropie tiers moniste. Les brevets et multiples prix font de lui un gourou de l'environnement, il apparaît aux côtés de Clinton dans le rôle de conseiller, débarque au Vatican et à l'ONU pour soutenir l'économie verte. En Europe il serre les mains des puissants parmi lesquels le commissaire européen Romano Prodi.

C'est alors que lui tombe sur la tête la tuile du procès de Turin, attendu et craint à tel point, qu'il fera espionner le juge Raffaelle Guariniello et dépensera des millions dans sa stratégie de greenwashing. Fernanda Giannesi, petit et pourtant irréductible inspecteur du travail brésilien, le poursuivra sans relâche pour démontrer son habileté dans la dissimulation et la désinformation. A ce jour, Schmidheiny préfère verser une compensation aux victimes d'Eternit (en échange du retrait de leurs plaintes) plutôt que de devoir verser des dommages et intérêts fixés par la justice."




24 juin 2012

Le Pute hâtif



La toute fraîche et frétillante ministre des droits de femmes vient d'annoncer, claquant du talon, l'ambition de voir la "prostitution disparaître". 
C'est au moins du niveau du "zéro SDF en 2012" lancé par Sarko en 2007... pue la méconnaissance crasse d'un sujet dont on ferait une belle annonce creuse, démagogique...
Car la question mal branlée comme cela risque fort d'apporter une bien mauvaise réponse.
On se soucie de l'exploitation humaine, tout nappé qu'on est de sa belle- pensance....Mmmm?
Alors bien sûr commençons par dépénaliser, d'abord, puis ensuite aller là où le bon sens et non la morale de bénitier social démocrate, devrait tout naturellement guider quiconque se penche sincèrement sur le sujet: legalize it.
Réouverture des boxons! Mixtes? Certains couples légitimes s'y croiseraient....Braouf!
Et là oui on pourrait contrôler, conseiller, accompagner etc. 
Bref, voilà le plus sûr moyen, TVA à la clé, catégorie prestation de service, de faire reculer les mafias qui mènent la danse et exploitent ces dames. 
Mais passer de la connerie répressive inappliquée au slogan aux atours féministes petits bouts de la lorgnette...plus sur moyen de racoler ça oui! Pour le reste....
A voir sur le sujet, l'excellent "Les travailleu(r)ses du sexe" de Jean-Michel Carré.

15 juin 2012

Belval-usines


Poursuite de nos pérégrinations frichesques. Je vous propose une belle et revigorante série estivale à Belval, charmante commune luxembourgeoise. Il s'agit du deuxième haut-fourneau auquel Fricherie_s consacre une série, après le n°6 d'Uckange.  

Passé l'arrêt des usines en 1997, a été entrepris un vaste chantier de reconversion du quartier, dans lequel, il a été (heureusement) décidé de conserver une trace du passé industriel des lieux. Je n'ai pu me faire une idée du résultat final, le reportage ayant été réalisé en cours de travaux. Ici un cliché de 2005, à cet endroit une gare futuriste a été depuis érigée, afin de desservir le quartier comprenant, université, centre commercial etc...

Bonne visite.