10 juillet 2012

Janus & Fibrociment


L'excellent "Planète sans visa" signale un papier de la Stampa. Petite traduction maison, ici même.


"Schmidheiny, condamné à 16, ans de prison pour avoir fait des milliers de victimes, sera présent à Rio.

ALBERTO GAINO

"Nous nous tournons vers les Nations Unies, vers les autorités internationales, les chefs d'Etats et de gouvernements, vers le président du Brésil Dilma Rousseff, afin qu'ils déclarent Schmidheiny persona non grata à la conférence de Rio+20, organisée par l'ONU sur le développement durable qui se déroulera à Rio du 20 au 22 juin".

Cet appel de l'Abrea, l'association brésilienne des victimes de l'amiante (victimes aussi de l'Eternit locale, contrôlée jusqu'en 1998 par Schmidheiny) circule sur le net. En Italie la pétition a été signée par l'association des familles des victimes de Casale Monferrato et par de nombreuses autres, des syndicats, des scientifiques notamment par l'épidémiologiste Benedetto Terracini. Ils s'étonnent de devoir rappeler aux Nations Unies rien moins que  "Schmidheiny fut condamné pour avoir causé une catastrophe écologique et que pour cela il devrait lui être interdit la participation à une réunion aussi importante que celle qui préparera et discutera de la protection du futur de la planète.

La singularité de la situation correspond à celle de la figure d'un soixantenaire, Stephan Schmidheiny, parfait dans le rôle d'un Janus des temps modernes. C'est ainsi qu'il est décrit par les auteurs de l'appel au secrétaire de l'ONU Ban Ki-Moon: "Schmidheiny est un des fondateurs du conseil mondial pour le développement durable. C'est aussi un bienfaiteur, le philanthrope qui a créé la Fondation Avina pour soutenir les projets environnementaux et sociaux en Amérique Latine."

Mais il est aussi l'ancien propriétaire d'Eternit, la multinationale productrice de fibro-ciment, qui, 13 février dernier, a été condamné par le tribunal de Turin (Italie) à 16 ans de prisons pour avoir provoqué- indiquent les membres de l'Abea pour bien souligner l'information apparue de manière floue sur wikipédia et internet - un désastre environnemental douloureux et permanent par omission aux règles de sécurité. Si des mesures avaient été prises, elles auraient permis de protéger la vie des travailleurs et de la population locale des risques de mort découlant de l'exposition à l'amiante. Ce minéral cancérigène, selon l'organisation mondiale de la santé, est responsable de pas moins de 107 000 morts par an. 

Apparemment, ce personnage, que la revue américaine Forbes a définit comme le Bill Gates Suisse, a vécu une double vie. A 25 ans, il hérite d'une des deux poules aux oeufs d'or qui a immensément enrichit sa famille: l'Eternit. A son frère, Thomas, en revanche, reviendra le mastodonte du ciment, Holcim. Stephan fera dire aux hagiographes et aux avocats, qu'il aurait cherché à développer la petite production manufacturière d'Eternit grâce à d'importants investissements et à l'apport de nouvelles technologies, tout en minimisant les risques. Mais en 1972, quand le contrôle de l'actionnariat de la sociétés passe de mains belges aux siennes, il ne met absolument pas au rencard la "crocidolite" (l'amiante bleue, la plus dangereuse) qui dans les entreprises italiennes de Casale Monferrato et Bagnoli, continuera à être utilisée jusqu'à la fermeture des sites, 15 ans plus tard. En 1992, c'est l'année du retournement: en Italie on met finalement un terme à l'usage de l'amiante, et à Rio, pour le premier sommet de la terre consacré à l'environnement, Stephan Schmidheiny se présente comme le héros du développement durable.

Il rassemble alors des dizaines de grands industriels sur ses convictions et il est reconnu comme le producteur des montres Swatch et un des principaux associés du géant bancaire UBS. L'Eternit est un monde à part, "évaporé" ou presque, investi dans les projets de reforestation, de soutient aux cultures vivrières, à la philanthropie tiers moniste. Les brevets et multiples prix font de lui un gourou de l'environnement, il apparaît aux côtés de Clinton dans le rôle de conseiller, débarque au Vatican et à l'ONU pour soutenir l'économie verte. En Europe il serre les mains des puissants parmi lesquels le commissaire européen Romano Prodi.

C'est alors que lui tombe sur la tête la tuile du procès de Turin, attendu et craint à tel point, qu'il fera espionner le juge Raffaelle Guariniello et dépensera des millions dans sa stratégie de greenwashing. Fernanda Giannesi, petit et pourtant irréductible inspecteur du travail brésilien, le poursuivra sans relâche pour démontrer son habileté dans la dissimulation et la désinformation. A ce jour, Schmidheiny préfère verser une compensation aux victimes d'Eternit (en échange du retrait de leurs plaintes) plutôt que de devoir verser des dommages et intérêts fixés par la justice."




24 juin 2012

Le Pute hâtif



La toute fraîche et frétillante ministre des droits de femmes vient d'annoncer, claquant du talon, l'ambition de voir la "prostitution disparaître". 
C'est au moins du niveau du "zéro SDF en 2012" lancé par Sarko en 2007... pue la méconnaissance crasse d'un sujet dont on ferait une belle annonce creuse, démagogique...
Car la question mal branlée comme cela risque fort d'apporter une bien mauvaise réponse.
On se soucie de l'exploitation humaine, tout nappé qu'on est de sa belle- pensance....Mmmm?
Alors bien sûr commençons par dépénaliser, d'abord, puis ensuite aller là où le bon sens et non la morale de bénitier social démocrate, devrait tout naturellement guider quiconque se penche sincèrement sur le sujet: legalize it.
Réouverture des boxons! Mixtes? Certains couples légitimes s'y croiseraient....Braouf!
Et là oui on pourrait contrôler, conseiller, accompagner etc. 
Bref, voilà le plus sûr moyen, TVA à la clé, catégorie prestation de service, de faire reculer les mafias qui mènent la danse et exploitent ces dames. 
Mais passer de la connerie répressive inappliquée au slogan aux atours féministes petits bouts de la lorgnette...plus sur moyen de racoler ça oui! Pour le reste....
A voir sur le sujet, l'excellent "Les travailleu(r)ses du sexe" de Jean-Michel Carré.

15 juin 2012

Belval-usines


Poursuite de nos pérégrinations frichesques. Je vous propose une belle et revigorante série estivale à Belval, charmante commune luxembourgeoise. Il s'agit du deuxième haut-fourneau auquel Fricherie_s consacre une série, après le n°6 d'Uckange.  

Passé l'arrêt des usines en 1997, a été entrepris un vaste chantier de reconversion du quartier, dans lequel, il a été (heureusement) décidé de conserver une trace du passé industriel des lieux. Je n'ai pu me faire une idée du résultat final, le reportage ayant été réalisé en cours de travaux. Ici un cliché de 2005, à cet endroit une gare futuriste a été depuis érigée, afin de desservir le quartier comprenant, université, centre commercial etc...

Bonne visite.



6 juin 2012

Flamby & les robots




A bien des égards l'extraordinaire emprise de la finance sur l'économie, les Etats et au final nos vies est fascinante..."La finance" déjà le terme lui même, lieu de vide désignant tout et personne de particulier à la fois, a cela de démiurge, de métaphysique presque...

Fascinant le bazar l'est assurément tant il concentre de force et de violence symbolique...et d'un autre côté de futilité de fragilité...pensez qu'un bon bug dans quelques serveurs bancaires bien choisis et pfuit! Plus rien, l'an zéro boursier...

Mais il est une caractéristique du bousin financier mondial assez largement ignorée ou méconnue. La plupart des opérations sur les marchés financiers sont en effet déshumanisées. Remballez vos mouchoirs...je veux dire par là que ce sont des robots qui passent les ordres en fonctions de paramètres dictés par des algorithmes. Le mouvement d'automatisation a débuté dans les années 90 sur certains métiers d'animation de marché (générer de la liquidité pour laisser croire au dynamisme et attirer les investisseurs, bref faire de l'achat-revente à vide) puis a irradié l'ensemble des compartiments, ramenant au rang de folklore la négociation à la criée et un peu fadasse l'intervention humaine. Désormais le merdier se dope à l'algotrading ou au "THF" pour trading haute fréquence...

Bref, une finance tarée, jouant la faillite des Etats et des peuples dans un casino mondial...mais qui se révèle être essentiellement contrôlée par des robots...un vrai scénario de SF...et on a encore rien vu!


5 mai 2012

Et voilà le (vrai) travail!





"Au nom d'une soi -disant "justice sociale" et du primat de l'intérêt national, Vichy interdit les grèves et les lock-outs, puis dissout les centrales syndicales, "formations de combat" qui "usurpaient les fonctions justiciaires de l'Etat faible" (Pétain). En fait, si la disparition de la CGT et de la CFTC est effective, celle de la CGPF est illusoire puisque la loi du 16 août 1940 crée les Comités d'organisation dominés par le patronat.
Chargés du recensement des entreprises et de leurs moyens de production, ces Comités consolident la prépondérance des plus importantes entreprises, alors que le gouvernement vitupère le grand capital. Quant à la charte du travail (loi du 16 octobre 1941), elle a pour objet de remplacer la lutte des classes par la collaboration des ouvriers et de la bourgeoisie qui, "prenant conscience de leur intérêt commun de citoyens dans une nation désormais unie" (Pétain), doivent se concerter au sein de comités locaux, dans lesquels les travailleurs sont en réalité minoritaires et tenus de se conformer à une stricte discipline. La charte établit également un syndicalisme officiel, obligatoire, sans aucune fonction politique. "

L'extrême droite en France, de Maurras à le Pen, Ariane Chebel d'Appollonia, page 230.


3 mai 2012

Politique Gyroscopique


Pfouit!...évaporés les mirages du premier tour de table...Un peu grisés, comme à chaque fois on se prend au jeu...à la manière de l'effet de ces griffes de foires qui saisissent d'un bout de métal un amas de breloques...on y croit...ça bringuebale...et tout le fatras s'étale avant de sortir...on est bon pour recloquer 2 euros dans le bouzin. 

Las! Pourtant nous le savons, mais c'est plus fort que nous, en faisant tourner la roue on se dit que cette fois peut être...La démocratie bourgeoise est un tirage de loto. On se réveille la gueule de bois dans un paddock inconnu et la blonde à côté pue la France de 40.

Alors on consulte, on ausculte, ça diagnostique, coloscopique, prise de pouls...Les spécialistes cathodiques, éditocratiques, nous ressortent une lampée de réchauffé, se pincent le groin...Le bipartisme au mieux ignore d'une suprême esquive, au pire caracole en parodique pantin grotesque. 

Mais le Pen perdu, la voie d'eau est ouverte! béante! colonne sèche puante! titanic! titanesque! Alors faites jouer l'orchestre! Mais nous ne sommes pas immortels! En attendant le grand soir, veuillez, s'il vous plait, changer l'eau de notre bocal...Boutons le nain! Comme on tire une chasse! Le restant, n'est qu'une question de temps, car rares sont les gyroscopes qui dévient.


27 mars 2012

Régurgitation ou reflux oesophagien?


Faille temporelle...effraction cathodique!...Un septennat entier à mouliner du chiffre sur l'insécurité couleur Maghreb, à échauffer la poulaille la plus extrême, à ficher le moindre crachat, 35 réformes du code procédure pénale les plus liberticides, le casier du pays qui s'allonge à la CEDH....pour ça!...Mais que ne lui tombions au travers de la gueule! Pour lui signifier sa nullité crasse! Qu'il choisisse son île pour son exil perpétuel...c'est encore clément. Au lieu de ça la valetaille continue son cinoche, et tel un De Funès de la politique il donne encore le tempo. Mais le disque est rayé...on régurgite la même purée depuis le papy d'Orléans...

Un pandore me disait un jour, et pourtant ils ont pas la lumière à tous les étages les chaussettes à clous, que ce qu'il appréciait particulièrement dans son métier c'était de pouvoir connaître "sa population". Pas de fiches à n'en plus finir, non, mais leur serrer les pinces à défaut de leur passer. 
A ce jour, si les forces de police en général, et certaines en particulier, s'étaient vu assigner pour tâche de connaître leur population, il y a des chances pour que rien ne soit arrivé. Mais depuis que sondages et police servent les mêmes intérêts....



18 mars 2012

Money laundering



"Le phénomène mafieux en France est perçu simplement comme quelque chose d'extérieur, qui n'envahit pas trop le pays et en sort très vite. Mais en fait ce n'est pas du tout le cas, la France est un carrefour fondamental du narcotrafic, les polices le savent très bien, et je ne peux pas imaginer que l'Etat ne s'intéresse pas à la quantité d'argent qui circule en France. (...) Pour que quelque chose se passe en France, il faudrait qu'un juge soit tué. Par exemple, le juge Falcone, qui a été assassiné et dont je parle dans mon livre, disait que pour que l'on commence à combattre la Mafia, il faut qu'il y ait des morts symboliques. Il n'y en a pas eu en France ces dernières années."


Roberto Saviano, interview donnée aux Inrocks, mars 2012.


Et oui, caro Roberto, la seule mort symbolique mais bien réelle dans cette affaire, c'est la justice indépendante de toute pression financière ou politique. Car s'intéresser judiciairement à la criminalité organisée suppose de devoir mettre en place des outils de recherches indépendants et fiables, qui inéluctablement mettrons au jour le financement de la politique spectacle et l'enrichissement personnel. Et de cela, aucun parti de gouvernement ne veut, outre le fait que l'argent, d'où qu'il vienne, n'a pas d'odeur pour un banquier. Quant à l'Europe sous sa forme actuelle, la seule politique commune dont elle se dote en la matière, se nomme austère et dogmatique libre circulation du flouze.




21 février 2012

Justice OK, partis KO


"Justice OK, partis KO


Deux nouvelles, en apparence que séparent des années lumières, ont dominé la journée d'hier: le parti démocratique continue à perdre toutes les élections, même celles qu'il organise en son sein; et la décision de la Cour d'assise de Turin qui condamne à 16 ans les deux principaux dirigeants d'Eternit pour mise en danger délibéré de la vie d'autrui et manquement à la prévention des accidents du travail: une décision historique, tant par la nature des délits que par le nombre des parties civiles (6392) et le montant des peines. Mais qu'ont en comment ces deux informations? En apparence rien. Mais à y regarder d'un peu plus près, en réalité beaucoup.

La politique des vieux partis traditionnels écope d'un énième échec, tandis que la justice, après 20 ans d'attaques, de lois anti-procès et anti-juges, trouve encore en elle la force d'un coup de reins qui redore  l'image italienne dans le monde. En effet seule l'Italie semble en situation de pouvoir juger et condamner les puissants: les considérations politiques, diplomatiques, ou économiques ne peuvent entraver le cours d'une justice égale pour tous. Ceci est possible en Italie, grâce à la constitution, unique en son genre, elle est la garantie de l'égalité devant la loi des citoyens, de l'autonomie et de l'indépendance du pourvoir judiciaire: et pourtant ce pouvoir politique délabré, fossilisé et putréfié, tente depuis 20 ans de l'anéantir.


La condamnation des deux criminels d'Eternit doit son existence qu'à la ténacité d'un procureur, Raffaele Guariniello, depuis toujours vilipendé, attaqué, désarmé, pour le seul fait d'avoir sans relâche défendu les faibles des délits des puissants. En 1971 il ose profaner le sanctuaire de la FIAT il y découvrira la honte du fichage de la firme, il traînera ensuite sur le banc des accusés les pétroliers, les argentiers du football, ThyssenKrupp et tant d'autres qui bafouaient le droit, la santé et la sécurité des travailleurs (...) 

Une telle enquête aurait-elle pu voir le jour, nous réjouirions-nous de cette décision aujourd'hui, si la scélérate loi Pini sur la responsabilité civile des magistrats, approuvée par la ligue, le parti de la liberté et 50 francs-tireurs de centre gauche, avait été en vigueur? Si les magistrats avait su qu'une multinationale puissante comme Eternit, possédant des ramifications à travers le monde, avait pu les attaquer personnellement leur demandant des millions de dommages et intérêts pour le seul fait d'avoir osé faire leur travail sur les causes des milliers de morts dus à l'amiante, auraient-ils enquêté? La réponse est claire, alors en Italie aussi se serait répétée la honte française, suisse, brésilienne, chinoise et indienne, où des milliers de travailleurs meurent de l'amiante qu'ils ont respiré dans les maisons Eternit, sans que personne n'en réponde devant un tribunal; ceci parce que la justice est contrôlée par le politique et ce dernier sait bien qui le finance.

Aujourd'hui ces partis politiques qui ne se dissimulent même plus derrière les oripeaux des techniciens, qui perdent leurs propres primaires (...) qui se laissent voler par leurs propres membres, n'existent que par les talk-show, les JT et le financement public, prétendent maintenant réformer la constitution, la justice, se faire une énième loi électorale sur mesure et enfin voler aux travailleurs leur dernier droit: celui de s'adresser à un juge si leur employeur les vire sans motif. (...)"



23 janvier 2012

La boîte noire



"Quand il a débarqué à la gare de Metz avec son grand chapeau de cow-boy, ses Reebok blanches, son quintal à l'aise dans son vieux jogging gris, j'ai d'abord eu du mal à le reconnaître. Mais c'était bien lui. Joël Bucher, banquier d'Abu Dhabi, de Taipei, de Londres ou de Séoul. Il râle parce que le train a du retard et que le contrôleur l'a fait suer...Joël a un fichu caractère, mais c'est sans doute le banquier le plus passionnant que je connaisse. Enfin, l'ex-banquier. Désormais consultant en commerce international, il a quitté la banque, sa banque, la Société Générale, en 1995. Depuis il monte des opérations entre les pays arabes ou asiatiques et la France, et vit entre Taïwan, Dubaï et Bordeaux.
Joël est vraiment un dur à suivre, et au début j'ai eu du mal à le suivre. Je pensais que tout ce qu'il racontait - les palais dans le désert, les attaques par virus informatique, les mafieux chinois, les filatures policières, les comptes bancaires secrets des hommes et des femmes politiques, les voiliers de trente mètres de long à l'intérieur en bois, les astuces bancaires des trafiquants d'armes, les acrobaties bancaires de la société Thomson, les prête-noms en Suisse, les cinq milliards de dollars sur le compte de Monsieur Wang, la défenestration du fils d'un chef de la DGSE, l'empressement avec lequel les banquiers se servent en arnaquant les épargnants, les actionnaires et les lecteurs du magazine Investir, tout ça et bien d'aitres choses encore...- était un rêve éveillé, que Joël en rajoutait pour se faire mousser, qu'il n'avait pas pu vivre autant de vies, être présent à autant d'endroits, détenir autant de preuves de ce qu'il disait.

Aujourd'hui, je sais qu'il dit vrai."

Tout Clearstream, la boîte noire, Denis Robert, 2011.


2 janvier 2012

Bonne AAAnnée


Tiens on se la souhaite...on se les adresse. Bien gras, dégoulinants, suintants, poisseux, moites...Par ici la meringue et la chantilly...Non! Plutôt, secs, raides et droits comme des I! Prêts! Tendus! Phalliques!...résignés, un peu...mais dignes, au fond. S'écroulera? S'écroulera pas?...Bhâ, l'horizon est vertical ne le saviez-vous pas?...

Bientôt un homme canon (ou une femme) sortira de l'orifice cheminée, transpercera le plafond laiteux, l'insondable enveloppe qui nous enlace...multicolore et clownesque il/elle nous montrera...l'horizon vertical vers lequel, tous nous relèverons le crâne dans un craquement abominable de vertèbres enfin dénouées. Et c'est alors que la cheminée, frêle édifice, s'écroulera sur nos gueules ravies. 

Cette prophétie m'est venue alors que je pensais-seulement-à un verre de mirabelle. Belle année à tout(e)s.



19 décembre 2011

Impressions sensibles



La guerre est quelque chose de bestial. La faim! Les poux! La boue! Tous ces bruits déments! La guerre était une chose horrible....et pourtant sublime. Je devais y participer à tout prix. Il faut avoir observé l'être humain à l'état sauvage pour le connaître un peu. Otto DIX.








23 novembre 2011

Du sang sur la neige


2006. J'avais encore une chignole à cette époque. Je roulais...un peu au hasard, sur une route paumée du département des Vosges. L'hiver bien installé, humide et froid...un manteau blanc enveloppe le paysage, nu et désert. De noires forêts de sapins sont rarement interrompues par des villages épars où de vieilles fermes  s'éparpillent entre quelques cités ouvrières orphelines des usines nourricières. L'industrie textile a depuis bien longtemps déguerpi, et de longues, interminables, rues de villages à demi fantômes sont serties de rangées de maison ouvrières...trois marches, un perron, deux étages...répétition infinie du modèle. Puis un grand vide. Le trou béant laissé par les ateliers abattus par les pelleteuses. La forêt à nouveau. Et je tombe sur cette usine. Calcinée, tordue et rongée. Le feu a tout dévoré et laisse une verrue noire et rougie au beau milieu de ce paysage blanc. C'était une usine de tissus. Une des dernières sans doute. C'était beau.


8 novembre 2011

Drang nach Osten

Vous aurez remarqué, ces derniers temps c'est fusionnel...France-Allemagne, à la vie à la mort. Le couple, ciment de la paix et de l'Europe. Balivernes, bien entendu. Sarkozy se met dans les pas de la chancelière mais ne décide de rien, n'est qu'un valet. Et de rabâcher que l'Allemagne ceci....son économie...son orthodoxie monétaire maladive...souvenir de Weimar...le trauma. Mais quand on cause nucléaire et verts là plus personne...autruches et tête sous le fumier....pour ne pas voir ce qu'il faudrait prendre et vraiment laisser à nos bons amis teutons. Parce que même dans le plagiat nous sommes mauvais.

"La France est le pays des champions du monde de la construction. Trois géants se partagent peu ou prou le marché et exercent ainsi une très forte pression sur toute la chaîne des sous-traitants. Sans concurrence véritable, l’innovation, tant technique qu’intellectuelle est le cadet des soucis d’actionnaires pour qui construire n’est même plus le métier. En conséquence, peu ou pas de formation, des métiers de labeur sans plus-value intellectuelle et mal payés.
L’Allemagne est le pays champion des PME, souvent encore des entreprises familiales, dont le métier, premier et dernier, est de construire. Leur nombre est tel à l’échelle du pays et la compétition si intense que l’innovation technique, technologique et intellectuelle fait florès. Incidemment, l’Allemagne est le premier pays exportateur de la zone euro et la formation y est un élément essentiel tandis que la matière grise est légitimement bien rémunérée."
Le courrier de l'architecte, Christophe Leray, extraits.



26 octobre 2011

Meurtres pour mémoire


"Les mièvreries ne doivent pas faire oublier que le rôle de la Seine ne s'est pas toujours joué pour le meilleur, les jours où, "couverte d'humains, de blessés mi-noyés", comme dit d'Aubigné, elle charriait les massacrés de la Saint-Barthélémy,  ou d'autres fois les insurgés de juin 1848 fusillés sur les ponts, ou les algériens assommés et jetés à l'eau en octobre 1961 par la police de Maurice Papon et Charles de Gaulle."


Eric Hazan, L'invention de Paris. Il n'y a pas de pas perdus, 2002.



20 octobre 2011

There's no alternative


Vitres brisées..."théorie de la"...incivilités...violences...mouvements incontrôlés...casseurs...blacks block...Flot de mots jetés contre...par ceux-ci, les adeptes du petit meurtre de bureau. Arme du crime: les ajustements de taux.
Petite pensée pour les grecs. Les premiers de cordées dans ce ridicule jeu de dominos auquel, inéluctablement, nous participerons. Cruels et pathétiques, ces affrontements entre les soldats sous payés de l'ordre établi et les rejetés d'y celui. 
Parce qu'il faut renflouer les danaïdes camarade. C'est ainsi..."There's no alternative", sauf cette odeur de sang qui vient....Vous ne trouvez pas, non?



6 octobre 2011

Elle balance pas mal...


...mais de quel côté penche-t-elle au juste? Alors que je balbutiais mon droit, il y a de cela plus d'une décade sonnée, je biberonnais à Robert Denis. Il venait de publier l'appel de Genève...Pas bien longtemps après avoir publié "Pendant les affaires, les affaires continuent"...

Bégaiements ironiques des années 90 et drôle de chassé croisé entre les derniers rogatons des procès Chirac et la boîte Takieddine qui s'entre-ouvre à peine... Et toute la bonne conscience sociale démocrate d'en appeler à l'indépendance de la justice avec une conviction mollasse et l'outrance stérile bien répétée. Posture et faux derchisme!
Pour cause! La caste se tient par les mallettes! Voilà pourquoi la soit-disant alternance ne peut oser avancer sur le terrain de l'indépendance de la justice. Le parquet au même régime que les juges du siège, le président de la république dégagé du CSM et la PJ sous tutelle d'un procureur général...Pour commencer en douceur. Un petit pas qui ferait passer la France, pays des grandes déclarations ronflantes, de la théorie à la pratique...Pas pour tout de suite.


18 septembre 2011

Les vestiges de la rue Riquet


"Le paysage depuis la rue Riquet, là où elle passe en pont au-dessus des voies de la gare de l'Est, est pour moi l'un des plus beaux de Paris, circonférentiel, immense, vers la rue d'Aubervilliers et le bâtiment désaffecté des pompes funèbres municipales construit par un émule attardé de Ledoux, vers les ateliers de réparation du matériel roulant des chemins de fer du Nord dont les toits en demi-cônes emboîtés évoquent les écailles d'un reptile préhistorique."

Eric Hazan, l'invention de Paris, il n'y a pas de pas perdus, 2002. 



On reconnaîtra le gros dos du reptile préhistorique sur la première image, les pompes funèbres désaffectées sont devenues le 104.
Hazan eut pu ajouter la rue Pajol à son panorama, avec les halles du même nom, un temps reconverties en atelier par Regazzoni. On les distingue au loin, sur le billard, en pleine opération chirurgicale. Le grand vide devant c'est le trou laissé par l'atelier ferroviaire "reptile", flingué, Dieu et RFF seules savent pourquoi. Préhistorique, il n'aura pas résisté au réchauffement climatique du quartier, de même que la rotonde, sa comparse, envahie par les herbes folles. Fin d'une époque.


13 septembre 2011

Les recoins de la rue Volga

Par cette nouvelle série de rentrée, je tente ici une association d'extraits choisis du superbe bouquin d'Eric Hazan "L'invention de Paris" avec des images de ma composition. Pantruche! A nous deux....


"Sur les derniers contreforts de Charonne entre la rue de Bagnolet—d'où l'on aperçoit la cime des arbres du Père-Lachaise dépassant les murs au fond de ravissantes impasses—et la très prolétarienne rue d'Avron qui marque l'arrivée dans la plaine, des rues récentes s'intriquent avec des rues de village qui sont, avec la périphérie de la Chapelle, ce qu'il y a de plus loin de tout à Paris: la rue des Maraîchers qui longe la voie du chemin de fer de ceinture où pousse une forêt sauvage, la rue Fernand-Gambon d'où l'on aperçoit sur les hauteurs les ruines d'une gare à la Magritte, perdue dans le lierre, les entrepôts de la rue du Volga (sic) et de la rue des Grands-Champs, et ma préférée, la rue des Vignoles. Là, entre toutes les maisons se faufilent des passages—impasses des Souhaits, de la Confiance, des Crins, de Bergame, impasse Satan en face du passage Dieu, et une impasse sans nom où flotte le drapeau noir et rouge de la CNT. Ils n'ont pas deux mètres de large et partent vers des palissades, des ateliers, des portes branlantes."

Eric Hazan, l'invention de Paris, il n'y a pas de pas perdus, 2002.


21 août 2011

Crise pour les nuls


Bon ils commencent à nous gaver sérieux avec leur cri-crise à la con. On peut pas se tirer gentiment faire du pâté au sable sans qu'ils nous râpent la couenne avec leurs taux et leurs dette de chose. C'est qu'on a rien demandé nous autre!...Qu'ils jouent à la roulette si c'est leur truc, mais avec leur flouze! Pas avec le notre! Est-ce qu'on va leur faire les poches pour éponger nos ardoises!...Pas croyable cette tendance...tout ça pour nous raser d'un peu plus près encore l'année prochaine...à coup d'austère...y en a qui piaffent, qu'attendent que ça...l'occasion est trop belle, il reste du gras à se faire. Voyez les grecs...dépecés! Ils attaquent les os!...

Alors c'est simple, pour se tirer de la nasse, j'ai la solution. M'est venue comme ça, un coup de houblon. Simple. Vous prenez l'épargne brute des ménages, 3200 milliards selon l'Insee, et plutôt que de la claquer dans n'importe quelle timbale,  vous me déprivatisez illico les 1646 milliards de dette de l’État. Et terminé! Le reste orienté dans un gros plan de relance bien gras. Pas compliqué. La dette c'est bidon! Peau de balle! Rien qu'un attrape fion! AAAA j'y crois que pour les andouillettes...

15 juillet 2011

L'effroyable imposture


Eva Joly, fraîchement investie candidate EELV devant Hulot, au nez et à la barbe de l’establishment écolo, commence fort.
Supprimer le défilé militaire du 14 juillet, propose-t-elle!
Immédiatement débauche de commentaires politiques dissentriques, projetés en jets par les chambres d'échos habituelles.

Puté mais pourquoi diable commémorer l'armée un jour d'anniversaire de révolution, grommelai-je?

Parce que Napoléon 1.0 en avait décidé ainsi sous le directoire, d'après l'article de Wikipédia, travestissant du même coup la fête populaire dite des "fédérations". Une première marque du pouvoir pour solder l'épisode révolutionnaire et faire de la commémoration de la prise de la bastille un instrument de contrôle des
mémoires et de l'histoire?...humm...habile le nain de l'époque. Que cette arrière pensée soit avérée ou non, il n'en demeure pas moins que cette première salve napoléonienne fera tomber l'évènement en désuétude....

...jusq'en 1880, date à laquelle, la République, mal née, décide d'en faire, par la loi, une fête nationale, et par un décret, une manifestation militaire.Décidément les bidasses collent aux basques des insurgés...Dans le contexte historique de l'époque, prêter une arrière pensée au pouvoir ne relève pas du fantasme: les armées françaises viennent de se faire torcher par les prussiens, le pays est amputé de l'Alsace et de la Lorraine, et surtout la commune a été vaincue dans le sang par les armées versaillaises.
Il est donc que temps de cloquer un peu de baume aux symboles nationaux et d'enfoncer les clous d'un régime branlant : l'armée française est glorieuse, victorieuse...contre son peuple!
Or c'est (aussi) là que le bât blesse...car en 1789, les troupes stationnées au Champ-de-Mars ont refusé unanimement de marcher sur les émeutiers. Si il y a bien un évènement militaire dont les singeries pseudo  commémoratives de 1789 devraient appeler à se souvenir, c'est celui-là.

11 juillet 2011

Le risque d'accident majeur est une certitude

(...) "J'ai même fait une thèse sur le plutonium, et je ne me posais aucune question. Tout est très compartimenté au CEA, je faisais mes calculs sur la centrale EDF 3 de Chinon, n'avais aucune idée des risques d'accidents ni du problème des déchets. Je travaillais avec des gens brillants. Et puis j'ai commencé à militer à la CFDT, après 68, et on s'est intéressé aux conditions de travail des travailleurs de la Hague. Je me suis aperçu que, moi, ingénieur dans mon bureau, je ne connaissais rien de leurs conditions de travail, et que les gens de la Hague ne savaient pas ce qu'était un réacteur nucléaire." (...)
Comment expliquez-vous l'inconscience française?
"Par l'arrogance du Corps des ingénieurs des Mines, d'une part, et de la servilité des politiques, de l'autre. Une petite caste technobureaucratique a gouverné les questions énergétiques depuis toujours, puisque ce sont eux qui tenaient les charbonnages, puis le pétrole, et ensuite le nucléaire. Ils ont toujours poussé jusqu'à l'extrême, et imposé aux politiques, la manie mono-énergétique."
Cela vient de notre pouvoir centralisé?
"Complètement! Dans les années 70, un chercheur suédois a écrit une étude sur le fait que le nucléaire marche dans certains pays et pas dans d'autres. Et il en a conclu qu'une structure politico-administrative autoritaire et centralisée avait permis qu'il se développe dans deux pays: l'URSS et la France. Pour de fausses raisons - indépendance énergétique, puissance de la France - , on maintient le lien entre le nucléaire civil et militaire - le CEA a une branche applications militaires, Areva fournit du plutonium à l'armée. Ce complexe militaro-étatico-industriel fait qu'ici on considère madame Merkel comme une folle. Au lieu de se dire que si les allemands font autrement, on pourrait peut-être regarder...Non on décide que les allemands sont des cons. Nos responsables claironnent qu'on a les réacteurs les plus sûrs, que le nucléaire c'est l'avenir, et qu'on va en vendre partout. C'est l'argument qu’on utilise depuis toujours, et on a vendu péniblement neuf réacteurs en cinquante ans, plus les deux qui sont en construction en Chine. Ce n'est pas ce qui était prévu...En dix ans, les Allemands, eux, ont créé près de 400 000 emplois dans les énergies renouvelables."

Entretien avec le Physicien nucléaire Bernard Laponche. Télérama 3205- 15 juin 2011.

5 juillet 2011

Hulogisme


"Le 7 novembre 2006, Hulot adresse une "lettre ouverte au futur président", dont j'extrais ceci: "les bouleversements liés au changement climatique ou aux pénuries de ressources sont déjà là. L'ensemble des observations scientifiques le confirme. L'humanité tout entière est menacée." On croirait du Chirac. La suite est assez largement sans intérêt. En janvier 2007, Hulot annonce qu'il ne se présentera pas aux présidentielles, et le soufflé, médiatique, forcément médiatique, retombe. On notera tout de même pour analyse, les cinq mesures "techniquement et juridiquement applicables dès le début du mandat du nouveau président de la République"; telles que présentées dans le Pacte écologique si populaire. Dans l'ordre des priorités: Création d'un poste de vice-Premier Ministre chargé du développement durable. Instauration d'une taxe carbone en croissance régulière. Réorientation des subventions agricoles vers une agriculture de qualité. Systématisation des procédures de démocratie participatives. Mise en place d'une politique éducative et sensibilisatrice à l'écologie et au développement durable. 
Je ne crois calomnier personne en soulignant qu'aucune de ces mesures n'a été appliquée si peu que ce soit. "

Qui a tué l'écologie? Fabrice Nicolino (page 119).

Sincère ou pas sincère? Pourvoyeur de voix ou pas? Peu importe au fond ce qu'Hulot peut faire sincèrement ou non. La question n'est pas là, mais bien dans ce qu'il ne peut pas faire. Car repeindre tout en vert à coup de novlangue durablo-chose c'est déjà fait! Plus faire un pas sans qu'on nous garantisse que c'est green! Qu'on peut y aller! Ha! Pas regarder au larfeuille...z'ête pas écologiss'? Bon alors raquez! Salauds!...Non Hulot ne peut pas faire autre chose que ça. Donc merci, plus de temps à perdre en palabres...C'est bien ce que l'appareil d'EELV ne veut pas voir, tant sa mue en machine électorale façon PS est aboutie. Prenons le pouvoir! Pour en faire quoi? Bhâ, on verra après...Ben les machines se retournent aussi contre leurs concepteurs. Vla!

26 juin 2011

Jaunes (les)


"Le premier "syndicat jaune" (Note: doivent leur nom à la couleur du papier mis aux fenêtres par les mineurs afin de remplacer les carreaux brisés par leurs assaillants) est fondé en novembre 1899 à Montceau-les-Mines par huit mineurs qui, refusant de participer à un mouvement de grève, appellent à la conciliation des intérêts ouvriers et patronaux. Cette initiative marque la naissance d'une nouvelle forme de syndicalisme qui entend incarner le "véritable socialisme français". D'abord circonscrit dans la région de Montceau, le mouvement des jaunes s'étend progressivement après la formation, en 1901, de la bourse [NDR du travail] indépendante de Paris et de l'union fédérative des syndicats et groupements ouvriers professionnels de France et des colonies. Dirigé par Lanoir, les jaunes tiennent leur premier congrès national en mars 1902. Le mouvement compte alors près de 100 000 adhérents, et bénéficie du soutien de l'association républicaine de Méline, de l'extrême droite antisémite et de différents organes de presse. La rupture entre Lanoine et Biétry, secrétaire général adjoint de la bourse du travail indépendante, modifie sensiblement l'orientation des jaunes. Le 1er avril 1902, Pierre Biétry fonde la fédération nationale des jaunes de France [FNJF], tandis que Lanoir tombe dans l'oubli. (...)

La FNJF s'élève contre le collectivisme, "système de réaction, une vieillerie, une antiquaille", contre l'étatisme, "conséquence naturelle du collectivisme", contre l'antimilitarisme, l'anticléricalisme,  la journée de huit heures, le droit de grève, et bien sûr, contre la lutte des classes. Biétry souligne que, à l'inverse des "manitous de la sociale" qui introduisent des principes "contraires à l'évolution de l'humanité", les syndicalistes jaunes sont "arrivés scientifiquement et expérimentalement à dégager la loi naturelle et par-là même nécessaire qui doit régir les rapports du capital et du travail".

L'extrême-droite en  France, De Maurras à Le Pen. Ariane Chebel d'Appolonia, (pages 142-143).


19 juin 2011

Seegmuller Armement


Série courte sur les entrepôts "Seegmuller armement", port de Strasbourg. En réalité ces vieilles photos sont pour ainsi dire exhumées des entrailles de mon disque dur, sollicité en cela par l'ami qui m'accompagnait au cours de cette ballade de printemps 2004.  J'avais quelques réticentes à lâcher ces clichés réalisés avec un vieux 24 36 Zenith à cellule externe et tirés dans des conditions catastrophiques. Au final, un peu de replâtrage et voilà le travail. 
Et il aurait été dommage de ne pas rendre compte de cette ballade au sein de ce véritable ilot frichesque en sursis, au milieu d'une expansion urbaine presque visible à l'oeil nu. Aujourd'hui un travail de réhabilitation a permis aux lieux d'accueillir une médiathèque ( je n'ai pas eu l'occasion de constater de visu ). Bonne ballade.

13 juin 2011

Atomes al dente (suite)


C'est un véritable feuilleton qui est en passe de se clore par une baffe magistrale pour B. Le referendum des 12 et 13 juin restera dans les annales constitutionnelles italiennes. Les électeurs se sont mobilisés en masse pour se hisser à la participation de 57% des inscrits (54.8% en comptant les électeurs résidant à l'étranger) atteignant le quorum de 50+1, condition sine qua non de la validation du bouzin. Et ils ont ainsi pris leur élan pour en infliger une belle en mode andata e ritorno à hauteur de 95% de "Si".

Quatre si, donc, pour dire si à l'abrogation de la reprise du programme nucléaire en Italie, à la privatisation de la gestion de l'eau potable (2 questions, l'une sur la gestion déléguée, l'autre sur les modalités de financement) et enfin à l'évacuation de loi sur l'empêchement à un procès pénal. Ce dernier poing atterri pleine face, telle une statuette sacrée lancée par un peuple ivre, dans celle de B. Pour la première, la nucléaire, elle ramène la France au rang des derniers malades continuant vaille que vaille, et hors toute consultation démocratique, sur la voie du tout atome.

Retour sur les derniers soubresauts de la consulta. Comme nous le disions ici, l'affaire était loin d'être entendue, il a fallu que la Cour de Cassation italienne confirme, appuyée en cela par la Cour Constitutionnelle, la tenue du referendum. Ce fût fait quelques jours avant la tenue de ce dernier, par la mise au placard d'une piètre tentative de suspension de reprise du programme nucléaire via l'insertion de dernière minute d'une disposition dans un décret "omnibus" (sic). Ce faisant, la Cour de Cassation avait cependant légèrement modifié le libellé de la question portant sur le nucléaire pour y inclure, justement, les replâtrages de dernière minute du gouvernement de B. et consistant en l'insertion d'une suspension branlante, si l'on peut dire, s'agissant de l'intéressé.
Cette modification pour corrective qu'elle pût paraître, n'en posait pas moins un sérieux problème pour les électeurs italiens ne résidant pas sur le territoire national. En effet ces derniers avaient depuis longtemps déjà reçu leur matériel électoral avec l'ancien libellé des questions. Alors que faire? La question était cruciale car ce sont quelques 3 millions d'italiens votant potentiels qui sont concernés, et autant donc en moins pour le décompte du quorum si leur vote n'est pas considéré valide...Panique à quelques jours de la tenue du scrutin. 
Les peurs sont désormais dissipées, avec un tel taux de participation il semble que la question ne soit plus là, mais bien de compter les jours de B. au pouvoir. On se prend à rêver d'un départ, à l'instar d'un Craxi, pour la Tunisie. Buon viaggio, presidente, là-bas ils savent désormais quoi faire des gibiers de ce genre...Forza!



5 juin 2011

Frémissement cadavérique


"On peut le comprendre que dans le cadre plus général de l'attitude des gens face au système. Celui-ci ne semble même plus tenir ses promesses sur le plan "matériel"; il n'y a plus d'horizon indéfini de "progrès". Devant cette situation, les gens réagissent de façons très diverses. Les uns, par apathie politique. Je crois aussi percevoir, et je ne crois pas être victime d'un optimisme qui fausserait mon jugement, un, disons, frémissement chez des gens plus jeunes, qui sont plus prêts qu'il y a dix ans à se poser des questions, à critiquer et peut-être même à faire quelque chose. Et puis, en effet, dans un autre partie de la population, où il y avait sans doute un terrain favorable, on observe effectivement des manifestations d'extrême droite: on trouve là tout un mélange de racisme "traditionnel", de désarroi, de ressentiment face à cette société, etc. Encore qu'il ne faille pas non plus sous-estimer le rôle de certaines manoeuvres électorales politiciennes du président Mitterrand pour faire perdre des voix à la droite traditionnelle; grâce auxquelles les socialistes, à mon avis, vont se retrouver un jour derrière Le Pen aux élections..."

Cornelius Castoriadis, une société à la dérive. Entretiens et débats 1974-1997.

16 mai 2011

Room 2806




" FRANCFORT, 12 mai 2011 (AFP) - La Grèce "n'a pas besoin" de restructurer sa dette, a estimé jeudi à Francfort (ouest) le directeur Europe du Fonds monétaire international Antonio Borges, en suggérant qu'Athènes privatise encore davantage pour se renflouer.
  (...)
      En revanche, le responsable du FMI a suggéré que les Grecs privatisent davantage que les "50 milliards d'euros évoqués", pour accroître leur "crédibilité".
      "Leurs dettes sont importantes mais leurs actifs aussi", a-t-il commenté, affirmant que "le gouvernement grec dispose d'un portefeuille d'actifs extraordinaire, bien plus important que beaucoup d'autres pays européens".
      "Les 50 milliards qu'il s'est engagé à privatiser représentent certainement moins de 20% de ce qu'il pourrait faire", a-t-il dit, admettant que privatiser davantage "n'est pas facile".
      "C'est un processus difficile, il y a des obstacles politiques et des résistances syndicales" mais si Athènes décide de suivre cette voie "cela accroîtra immédiatement leur crédibilité", a-t-il jugé."



Tu vois, Grec, il faut PRIVATISER! PRIVATISER!....ton Parthénon là....les chinois en donneraient sans doute quelque chose...
Et bien le patron de la boutique monétaire internationale va pouvoir nous dire, après une expérience de terrain, ce qu'il pense du système pénitentiaire (privatisé) US. Et puis, comme apparemment c'est open bar du côté des chefs d'inculpation, on pourrait en remettre une petite louche votre honneur? Comme ça, pour la déconne...Histoire de faire un best of du fond monétaire. Non, déconnez pas! Présomption et tout ça...Et puis, tout de même, depuis qu'un socialiste tenait le bouzin, ça avait une autre tenue...Disons, un peu ambiance république de Salo version Pasolini. Je crois que ça c'était mal terminé...

     

10 mai 2011

Taisez-vous!


"On abandonne tous terrains collectifs, on se replie sur son existence individuelle ou micro-familiale, on se soucie de rien qui dépasse le cercle très étroit des intérêts personnels. Ce mouvement est encouragé par les couches dominantes; non pas qu'il y ait, évidemment, une conspiration, mais il y a toute la dynamique du système. La société de consommation, c'est cela: achetez un nouveau téléviseur, et taisez-vous; achetez un nouveau modèle de voiture, et taisez-vous. Même la prétendue libération de la sexualité va en partie dans ce sens. Vous voulez du sexe?  Eh bien, voilà, on vous donne du sexe, on vous donne plein de porno et terminé. Il en est ainsi au plan économique, mais il en est ainsi aussi au plan politique: c'est ce qu'exprime la bureaucratisation de toutes les instances de la vie collective. Faites-nous confiance, on est les experts, on est les techniciens, on est le parti qui défend vos intérêts. On est le président que vous avez élu, on est le gouvernement que vous avez porté au pouvoir, donc faites-nous confiance et laissez-nous faire; vous verrez au bout de quatre ou de sept ans. Tout cela encourage l'apathie des individus, tout cela détruit l'espace public comme espace d'activité collective par laquelle les gens essaient de prendre en charge leur propre destin. On le constate en France, aux Etats-unis, dans tous les pays occidentaux (et autres, du reste). Maintenant, si nous prenons uniquement cette tendance, faisant abstraction du risque de guerre et construisant une sorte de type idéal de l'évolution possible de la bureaucratisation de la société, mais bureaucratisation molle, sans terreur, sans Goulag. Tout simplement, les gens seraient amenés à faire ce que le régime, le pouvoir, les couches dominantes exigent qu'ils fassent en étant simplement manipulés par la dynamique de la conservation et de la consommation, par les médias, par les organismes bureaucratiques qui gèrent les différents domaines de la vie sociale, etc."


Les significations imaginaires, 1981, Cornélius Castoriadis.

8 mai 2011

Atomes al dente



En Italie, les 12 et 13 juin prochains, devrait avoir lieu l'une des consultation électorale les plus importantes depuis une vingtaine d'années. La constitution italienne prévoit la possibilité de consulter les citoyens par referendum afin de recueillir leur assentiment à l'abrogation de certaines dispositions législatives: cette procédure est connue sous les termes referendum abrogativoTrois questions ayant trait à l'abrogation de trois dispositions législatives devraient ainsi être posées au peuple italien. 
La première concerne l'instauration de la procédure d'empêchement à un procès pénal et vient s'empiler sur la liste tristement longue des modifications ad personam du code de procédure pénal italien, taillées sur mesure pour B. Je vous passe les détails.
La seconde concerne la privatisation de la distribution de l'eau, et, si elle n'est pas abrogée, fera connaître aux italiens les joies de la gestion déléguée de la flotte. La France commence enfin à sortir la tête de ces eaux là, les italiens eux s'apprêtent à y plonger.  Après trente piges de gestion de l'eau par la Lyonnaise et la Générale (devenue Veolia) même les plus rétifs aux régies publiques ont fini par être convaincus d'arrêter les frais, c'est dire...Là aussi, je vous passe les détails.
La troisième question est sans doute la plus délicieusement irradiante. En réalité elle fait indéniablement froid dans le dos, même si on peut rêver encore longtemps qu'elle soit posée aux citoyens de l'hexagone. Elle consiste à demander aux électeurs de la péninsule s'ils souhaitent l'abrogation de la loi engageant l'Italie dans un programme de construction de centrales nucléaires. Petit flashback...En 1987, les italiens sont consultés par referendum sur la même question et, la gueule encore pâteuse du nuage de Tchernobyl, avaient dit basta! Depuis, des pelletées de sables ont été jetées sur les barres de graphite et B. a remis le sujet au gout du jour. L'Italie aura donc son parc nucléaire, et pas n'importe lequel puisqu'il sera français môssieur! Lauvergon (Areva) et Sarko ont fait les yeux doux au cavaliere, mais l'histoire ne dit pas si les termes finaux de l'accord ont été négociés au cours d'une des désormais fameuses bunga bunga!...
L'encre est à peine sèche sur le contrat qu'un grain de sable se glisse dans les barres de combustible: un petit incident de niveau 7 dans la centrale de Fukushima au Japon. La situation devient soudainement critique: rendez-vous compte si les italiens se déplaçaient en masse et que la participation au referendum atteigne le quorum? Pire, et si emportés par leur élan les électeurs rejetaient le paquet complet, déclenchant du même coup un tsunami judiciaire sur la collection de procès au pénal de B. et douchant au passage le business plan des transnationales de la flotte? 
Le gouvernement italien a donc bricolé vite fait un moratoire destiné à congeler le programme nucléaire et dans le même temps à torpiller la troisième question du referendum. En effet, en vertu d'une loi constitutionnelle de 1970, si la disposition législative objet du referendum est abrogée avant sa tenue, alors ce dernier est caduc. La question est désormais entre les mains de la cour de cassation italienne ("bureau du referendum") qui, en toute logique, devrait faire fi de cet artifice et confirmer la tenue de la consultation des 12 et 13 juin 2011. Du moins il faut l'espérer...
Ensuite restera aux électeurs italiens la tâche de couler un sarcophage de béton définitif sur ces projets mortifères. Dans un pays à fort risque sismique, où la mafia gangrène la plupart des appels d'offres et sans même parler du drame des déchets dans la région de Naples, la seule voie possible est le rejet de cette greffe.
Popolo italiano, svegliati!

2 mai 2011

Dead or alive?


L'ennemi mondial numéro 1 depuis 10 piges a été exécuté! Notez qu'il valait mieux pas trop le chopper vivant celui-là...et puis quoi! Une arrestation? "Laden, Ben, vous avez le droit de garder le silence, tout ce que vous direz pourra"...et un baveux, du genre Vergès mode cheeseburger. Voyez un peu...Et à la barre, de réciter la lune de miel avec l'oncle Sam...puis les premières brouilles. Jusqu'aux embrouilles....Non, non dead or dead. Point final. 
Du coup, je croyais que Vigipirates allait redescendre dans le vert, qu'on allait arrêter de voir des types en treillis et en armes arpenter nos gares avec des trognes à pas faire de sommations. Ben, non. Parait que c'est pire. A quoi bon alors? 
Terrorisme et nicotine? Il n'y a pas de sociétés sans risques qu'ils disaient, pour nous vendre encore quelques siècles d'atomes. Chuuuuut! Fukushima s'endort.